RDC : le « Minembwegate » ou l’antienne de la « balkanisation »

L’installation en grande pompe du bourgmestre de Minembwe, commune du Sud-Kivu théâtre de tensions entre Banyamulenge rwandophones et Babembe « autochtones », divise. Tentative d’apaisement pour les uns, provocation pour les autres… Le débat sur un potentiel démantèlement de l’Est ressurgit.

Le 28 septembre, une délégation politique, militaire et diplomatique de haut niveau a assisté à la cérémonie d’installation du bourgmestre de la commune rurale de Minembwe – une entité de gouvernance locale non coutumière –, située sur les hauts plateaux de la province du Sud-Kivu, dans l’Est de la RDC. Alors que le bourgmestre avait pris ses fonctions depuis sa nomination en février 2019, cette cérémonie a causé un choc et suscité des débats animés à travers la société congolaise, diaspora comprise.

Dans les jours qui ont suivi, les parlementaires ont interpellé Azarias Ruberwa, le ministre de la Décentralisation, jugé responsable de la création de cette commune malgré des irrégularités de procédure. Des militants du Sud-Kivu ont également organisé un sit-in devant le bureau du Premier ministre, à Kinshasa. Même l’Église catholique, en particulier l’évêque d’Uvira, et la plus grande Église protestante du pays se sont senties obligées de prendre position.

Cette intense mobilisation a obligé le président Tshisekedi à prendre la parole. Le 8 octobre, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à Goma, il a donc annoncé la suspension temporaire de l’installation de la commune et la création d’une commission scientifique chargée d’examiner la question.

Comment la cérémonie d’installation d’une commune locale a-t-elle pu créer une telle agitation nationale ? Lorsqu’on analyse le langage utilisé pour la dénoncer, la réponse devient immédiatement plus claire : Minembwe évoque le spectre de la  » balkanisation » qui fait régulièrement surface dans le débat politique congolaise

Des « envahisseurs »

La création de la commune est considérée comme une tentative des Banyamulenge, un peuple parlant le kinyarwanda et généralement considéré comme « tutsi », de dominer la gouvernance locale dans la région. Il s’agirait donc de la première étape d’un plan visant à démembrer la RDC en annexant des parties de l’Est congolais aux pays voisins, en particulier le Rwanda, afin de créer un prétendu empire « Hema/Tutsi ».

Dans ce projet, les Banyamulenge apparaissent comme des « étrangers » ou des « envahisseurs » qui tentent d’usurper la terre et l’autorité locale de groupes qui se considèrent comme « autochtones » dans la région. Le discours de balkanisation va donc de pair avec la remise en cause du statut des Banyamulenge en tant que citoyens congolais.

 

[Tribune] Jeune Afrique/Provinces26rdc.net

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*