Le sénateur de l’opposition Salomon Idi Kalonda appelle le président de la République, Félix Tshisekedi, à retirer la proposition de loi sur l’organisation du référendum en République démocratique du Congo, adoptée lundi 15 juin au Sénat. Dans une lettre ouverte adressée au chef de l’État le même jour, l’élu dénonce une initiative qu’il juge à la fois inopportune et porteuse de graves risques politiques.
Dans son message, Salomon Idi Kalonda estime que le dépôt de cette proposition de loi intervient à un moment inapproprié, alors que le pays fait face à une crise sécuritaire persistante dans sa partie orientale.
Selon lui, engager un processus référendaire dans un tel contexte revient à détourner l’attention des priorités nationales, notamment la restauration de la paix dans les zones en conflit.
Au-delà de l’opportunité du moment, le sénateur voit dans cette réforme une étape vers une révision constitutionnelle plus large. Il redoute que cette dynamique n’ouvre la voie à un troisième mandat présidentiel, une hypothèse régulièrement évoquée dans le débat politique congolais.
L’élu de l’opposition considère ainsi que cette démarche pourrait fragiliser davantage les institutions et accentuer les tensions politiques.
Un appel direct au président
Dans un ton solennel, Salomon Idi Kalonda exhorte Félix Tshisekedi à revoir sa position et à privilégier l’intérêt supérieur de la nation. Il l’invite à « rester du côté du peuple » et à « sortir par la grande porte », en renonçant à ce projet controversé.
Dans sa lettre, le sénateur invoque également l’héritage politique de la famille Tshisekedi pour appuyer son plaidoyer :
« Monsieur le Président, vous avez hérité d’un nom, d’un combat. En soumettant cette proposition de loi, votre regroupement politique commet un parjure. C’est une trahison à la mémoire des treize parlementaires, parmi lesquels Étienne Tshisekedi wa Mulumba ».
Le sénateur rappelle le combat des figures historiques de la démocratie congolaise, qui se sont opposées à la dictature au prix de lourds sacrifices.
« Ces hommes ont bravé la dictature la plus féroce, enduré la prison, les relégations, la torture, pour que le Congo ne soit plus jamais la propriété d’un seul homme ou d’un clan », écrit-il.
S’interrogeant sur la cohérence de l’action actuelle du pouvoir, il déplore ce qu’il considère comme une reproduction des pratiques autrefois dénoncées :
« Comment alors prétendre honorer cet héritage, alors que le pouvoir actuel reproduit, méthode pour méthode, les dérives qu’il avait lui-même dénoncées par le passé » ?
Le risque d’une crise constitutionnelle
Pour Salomon Idi Kalonda, l’organisation d’un référendum dans le contexte actuel pourrait accentuer les divisions au sein du pays et conduire à une crise institutionnelle majeure.
« Organiser un référendum dans cet environnement, c’est entériner cette division du pays, que rien ne saurait justifier », avertit-il.
Le sénateur conclut en appelant le chef de l’État à agir pour éviter une escalade politique :
« Vous seul pouvez encore retirer ce texte et éviter à notre pays une crise constitutionnelle grave ».
Un choix historique à venir
Dans un passage final au ton particulièrement grave, Salomon Idi Kalonda place Félix Tshisekedi face à ce qu’il présente comme une responsabilité historique :
« L’histoire retiendra soit que vous avez été celui qui a liquidé l’héritage démocratique de la RDC, soit celui qui, au moment décisif, a choisi la patrie plutôt que le pouvoir ».
Cette prise de position intervient dans un climat politique déjà tendu autour de la question du référendum, qui continue de diviser la classe politique et l’opinion publique en République démocratique du Congo.
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