RDC-Motion contre Shabani : rébellion de Yangotikala contre l’USN ou exercice normal du contrôle gouvernemental ?

Sous pression, accusé d’être instrumentalisé, lâché par une partie de ses alliés et désormais exclu de son propre regroupement politique, Yangotikala Senga Lady refuse pourtant de plier. Contesté, le député national maintient sa motion de défiance contre le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, au mépris des appels à la discipline au sein de l’Union sacrée. En clair, l’homme se rebelle contre ses chefs pour assouvir sa soif de faire tomber le patron de la sécurité intérieure.

Exclu temporairement du regroupement Dynamique Agissons et Bâtissons (AB), dans une correspondance officielle datée du 14 avril 2026, l’élu de Kisangani ne cherche pas à minimiser la sanction.

Il dit en « prendre acte », mais en détourne immédiatement la portée politique. Dans sa réaction sur la toile, il remercie ouvertement Jean-Michel Sama Lukonde, président du regroupement, pour lui avoir permis, selon ses termes, d’être « libre d’exercer le pouvoir de contrôle sur un membre du gouvernement ».

Sur le fond, il se défend avec fermeté : « Je n’ai pas violé la Constitution, ni le règlement intérieur. Je n’ai fait que demander au vice-Premier ministre de l’Intérieur de protéger les électeurs du président de la République ». Pour lui, il ne s’agit donc ni d’un acte de défiance personnelle mais d’un exercice normal des prérogatives parlementaires.

Yangotikala parle ouvertement de pressions et va jusqu’à évoquer des tentatives de corruption. Dans sa réplique, il affirme : « Malgré les menaces, je tiens bon. Malgré les attaques, les critiques, tous ceux-là qui sont en train de me chercher avec des billets verts pour que je puisse retirer mon initiative parlementaire, j’ai dit non et non. Personne ne va venir me corrompre pour que je retire mon action ».

Autre point de crispation majeur : le report de la plénière censée examiner la motion. Selon le règlement intérieur, le délai de 48 heures devait être respecté. Or, selon Lady Yangotikala, ce délai est dépassé. « Aujourd’hui, nous avons dépassé les 48 heures. Normalement, nous devrions avoir une plénière, mais quelques heures avant, le matin, on a eu des messages que la plénière prévue mercredi a été reportée à une date ultérieure. »

Téméraire, le chef pétitionnaire va même jusqu’à menacer l’équipe dirigeante de la Chambre basse du Parlement. « Le bureau n’aura qu’à tirer toutes les conséquences de son protectionnisme face à l’incompétence notoire que tous les Congolais ont constatée », a-t-il clamé.

Depuis le dépôt de la motion, une question revient avec insistance : Yangotikala Senga Lady agit-il seul ? Le nom d’Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, est évoqué comme possible instigateur. Une hypothèse que l’élu balaie avec vigueur. « Faux, Je n’ai aucun lien privé avec Kabuya. Le seul lien est que nous sommes députés. Je n’ai ni son numéro ni connaissance de son bureau. On ne s’est jamais parlé. S’ils disent que Kabuya est derrière nous, alors qui est derrière ceux qui tuent et sèment l’insécurité à Kinshasa et dans nos provinces ? Qui protège l’inaction ? », s’est-il interrogé.

– Une motion jugée dangereuse pour la paix –

Face à cette initiative, la réaction de la communauté du Grand Kivu est particulièrement ferme. Dans un communiqué signé par Joseph Nkinzo, la motion est qualifiée d’inopportune et porteuse de conséquences potentiellement graves pour la paix nationale.

La RDC fait face à une guerre d’agression impliquant le Rwanda via les rebelles de l’AFC/M23. Dans ce cadre, toute fragilisation interne est perçue comme un danger. Jacquemain Shabani est décrit comme un acteur central impliqué dans les négociations, dans le retour des réfugiés, les échanges de prisonniers, et les interactions avec le HCR et le CICR. Dès lors, tenter de l’écarter équivaut, selon cette notabilité, à envoyer un signal de désordre, de division et de vulnérabilité.

« On ne combat pas ses propres soldats pendant qu’ils défendent la patrie. On ne désarme pas ses négociateurs au moment où ils tiennent la ligne de la paix, résume la communauté du Kivu ».

– UDPS Mbuji-Mayi II : « une cabale politique » et une « main noire » –

Autre réaction tout aussi virulente : celle de la fédération UDPS Mbuji-Mayi II. Dans une déclaration officielle, ses membres affirment avoir suivi avec indignation la motion initiée par Lady Yangotikala. Ils y voient une cabale politique dirigée contre le vice-Premier ministre. Ils exigent le retrait « pur et simple de la motion et appellent les députés de l’Union sacrée à ne pas céder aux manœuvres dilatoires des ennemis du peuple ». Mais surtout, ils évoquent explicitement l’existence d’une main noire derrière cette initiative. Une accusation qui vient renforcer la question centrale : le député agit-il réellement seul ?

– Lady Yangotikala pris dans son propre piège –

À peine la motion de défiance lancée contre le vice-Premier ministre de l’intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, le scénario avait déjà des allures de retour de bâton spectaculaire. Celui qui espérait ébranler un pilier du gouvernement découvre, à ses dépens, qu’en politique, la trajectoire d’un acte peut parfois ressembler à une pente inversée.

Le député Lady Yangotikala, auteur de l’initiative, se retrouve brusquement au centre d’un mouvement de désengagement qui frôle l’embarras. Comme si la simple annonce de sa démarche avait déclenché une mécanique de retrait automatique, ses appuis se dérobent et ses relais politiques prennent leurs distances avec une rapidité presque désarmante.

Le premier coup de théâtre était venu de son propre environnement politique. Sous la pression qu’il dit subir depuis le lancement de sa pétition, l’élu de Kisangani a annoncé sa démission de la présidence intérimaire de l’AVRP, formation politique liée à Muhindo Nzangi, l’actuel ministre de l’Agriculture. Une décision présentée comme un geste de protection et de sérénité, mais qui ressemble surtout à une sortie discrète au devant de la scène, comme si le fauteuil devenait soudain trop exposé pour être confortable.

« J’informe l’opinion nationale et internationale que je me retire de ma fonction de président ad interim de mon parti politique AVRP, pour défendre calmement la sécurité de la population avec ma motion contre VPM intérieur. Je désire épargner les autres des pressions que je subis déjà », a-t-il écrit.

Dans les faits, difficile de ne pas y voir un paradoxe politique savoureux : celui qui voulait incarner la pression se dit aujourd’hui contraint de se soustraire de la pression qu’il a lui-même contribué à déclencher. Une inversion des rôles qui donne à l’aventure une tonalité presque ironique.

Et le reflux ne s’arrête pas là. Au sein de l’Union sacrée de la nation, les soutiens initiaux se mettent à fondre. Déjà, deux élus nationaux, Thérèse Mpembi et Landry Cizungu, ont respectivement renié et retiré leurs signatures de cette motion.

Le geste collectif, censé donner du poids à la démarche, s’effrite comme une construction mal cimentée dès que souffle le vent politique. Le désaveu atteint même l’architecture partisane. L’AFDC-A, dirigée par Modeste Bahati Lukwebo Modeste Bahati Lukwebo, a publiquement pris ses distances avec certains de ses propres élus Landry Cizungu et Placide Wenda impliqués dans la signature du texte, allant jusqu’à enclencher une procédure disciplinaire.

Dans un communiqué signé par son président national et autorité morale, Modeste Bahati Lukwebo, le regroupement politique membre de l’Union sacrée a qualifié cette initiative de violation des statuts et du règlement intérieur du parti.

« En notre qualité de président national et autorité morale de l’AFDC-A, membre de l’Union sacrée de la nation, nous désapprouvons cette démarche prise de façon isolée et qui viole les statuts et le règlement intérieur de notre regroupement politique. Sans préjudice de la liberté constitutionnelle dont jouissent les élus dans l’exercice de leur mandat, le regroupement politique rappelle toutefois que ceux-ci demeurent tenus au respect des statuts et du règlement intérieur qui fondent leur engagement politique », peut-on lire dans le document.

Autrement dit, même dans les rangs censés être les plus proches, la prudence a pris le pas sur l’enthousiasme initial. Pendant ce temps, la cible de la motion, elle, reste solidement installée dans son rôle gouvernemental. Jacquemain Shabani Lukoo continue d’incarner un exécutif dont les soutiens vantent l’engagement et la constance, tandis que l’initiative visant à le fragiliser semble se déliter avant même d’avoir atteint sa pleine maturation parlementaire.

Ainsi, le scénario prend une tournure presque cruelle pour son initiateur. Celui qui voulait ouvrir une brèche politique se retrouve face à une série de portes qui se referment. Celui qui espérait fédérer découvre l’art difficile de voir ses propres alliés se disperser. Et celui qui pensait bousculer l’équilibre institutionnel apparaît désormais comme le principal exposé aux secousses de son propre mouvement.

– De quoi reproche-t-on à Jacquemain Shabani ? –

Le député Lady Yangotikala accuse Jacquemain Shabani Lukoo d’une série de manquements jugés graves dans l’exercice de ses fonctions. Il lui est d’abord reproché une présumée atteinte à la libre administration des provinces, suivie d’entraves au contrôle parlementaire et d’une remise en cause de la séparation des pouvoirs.

À ces griefs s’ajoute l’usage de l’autorité publique à des fins politiques, ainsi que la responsabilité supposée dans la persistance de l’insécurité à Kinshasa et dans plusieurs autres parties du pays. Des arguments fallacieux, selon le cabinet Lukoo.

 


Ouragan / Provinces26rdc.com

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