Ce lundi31 août 2026, l’annonce par le président de la République, Félix Tshisekedi, de consultations populaires à travers le pays continue de susciter des réactions dans la classe politique congolaise. Dans une analyse sans complaisance, l’ambassadeur PCA Jean-Thierry Monsenepwo s’interroge sur le rejet de cette initiative par la Coalition Article 64 (C64), qu’il qualifie de « groupe de pression ».
Pour lui, la démarche présidentielle constitue avant tout une volonté de « rendre la parole au peuple congolais », en permettant aux citoyens de s’exprimer à partir de la base.
« Pour la première fois, des consultations partiront de la base. Dans nos villages, nos localités, nos chefferies, nos secteurs et nos territoires, les Congolais pourront se parler, exprimer leurs préoccupations et participer directement à la réflexion sur l’avenir de leur pays », souligne Jean-Thierry Monsenepwo.
L’ambassadeur PCA estime ainsi que cette initiative constitue « une véritable respiration démocratique ». Il s’étonne, dès lors, de la réaction du C64, qui a rapidement rejeté le processus.
« Pourquoi une coalition qui prétend parler au nom du peuple refuse-t-elle soudainement que le peuple parle lui-même ? », s’interroge-t-il.
Le C64 aurait-il espéré un nouveau partage des responsabilités ?
Dans son analyse, Jean-Thierry Monsenepwo avance deux principales raisons pour expliquer, selon lui, l’attitude du C64.
La première serait liée aux attentes que cette coalition aurait placées dans un éventuel dialogue politique. D’après lui, le C64 n’aurait pas véritablement recherché une consultation populaire, mais plutôt un cadre susceptible de déboucher sur une recomposition institutionnelle.
« Le C64 ne voulait pas véritablement un dialogue : il espérait un partage des postes », affirme-t-il.
Jean-Thierry Monsenepwo soutient que certains membres de la coalition auraient espéré que les discussions politiques, notamment celles évoquées au Burundi, aboutissent à un nouvel arrangement institutionnel.
Il cite notamment Alain Bolodjua, présenté comme l’un des membres de cette mouvance, qui aurait reconnu que certains acteurs s’étaient préparés à occuper des fonctions ministérielles.
Selon Monsenepwo, la position du président Tshisekedi, consistant à ne pas remettre en cause les institutions issues des élections de 2023, aurait alors changé la donne.
« Lorsque le Président de la République a clairement indiqué qu’il n’était pas question de renverser les institutions démocratiquement établies — notamment le Gouvernement et le Parlement — le C64 a compris que son véritable objectif venait d’être neutralisé », estime-t-il.
Il en déduit que le rejet des consultations populaires serait moins lié au principe de la participation citoyenne qu’à l’absence de perspectives de recomposition du pouvoir.
« Ce qu’il voulait, ce n’était pas la parole du peuple, mais une place à la table du pouvoir », tranche-t-il.
Le financement du C64 au cœur des interrogations
Le deuxième élément avancé par Jean-Thierry Monsenepwo concerne le financement des activités du C64 à Kinshasa.
L’ambassadeur PCA affirme que celles-ci seraient, en grande partie, soutenues financièrement par la plateforme « Sauvons le Congo » de Joseph Kabila.
Il rappelle que, le 15 mai 2026, dix jeunes ayant quitté le parti de Jean-Marc Kabund auraient publiquement évoqué cette question devant Augustin Kabuya.
Selon cette lecture, les financements reçus auraient notamment pour objectif de soutenir une pression politique visant à favoriser la participation de Joseph Kabila, Corneille Nangaa et Moïse Katumbi à un éventuel dialogue national.
Jean-Thierry Monsenepwo lie cette question à la condition posée par Félix Tshisekedi concernant les acteurs impliqués dans la rébellion aux côtés du Rwanda.
« Tout Congolais ayant pris les armes aux côtés du Rwanda doit d’abord quitter individuellement cette alliance diabolique contre la République avant de prétendre participer à une quelconque concertation nationale », rappelle-t-il.
Il estime que cette condition expliquerait une partie des tensions actuelles autour du processus de dialogue et des consultations annoncées.
« On ne peut pas combattre une déclaration imaginaire »
Face aux arguments avancés par le C64 contre les consultations populaires, Jean-Thierry Monsenepwo appelle également à distinguer les objectifs annoncés du processus des interprétations politiques qui en sont faites.
Il rejette notamment l’idée selon laquelle ces consultations seraient destinées à préparer un troisième mandat présidentiel.
« Le Chef de l’État n’a évoqué aucun troisième mandat dans son annonce. On ne peut pas combattre une déclaration imaginaire et présenter ensuite cette invention comme une position politique », affirme-t-il.
Il récuse également l’argument selon lequel les consultations ne permettraient pas de répondre directement aux urgences sociales, sécuritaires et humanitaires.
Pour lui, leur rôle serait plutôt de permettre un état des lieux national devant déboucher sur des réponses adaptées.
« Dire que les consultations ne répondent pas directement aux urgences sociales, sécuritaires et humanitaires, c’est reprocher au thermomètre de ne pas guérir la fièvre », explique-t-il.
Et d’ajouter :
« Le thermomètre ne soigne pas : il établit le diagnostic qui permet ensuite au médecin d’administrer le traitement approprié. »
Dans cette logique, les consultations devraient servir à recueillir les préoccupations de la population afin de dégager une vision commune sur les défis auxquels le pays est confronté.
La question de la balkanisation au centre de la controverse
Jean-Thierry Monsenepwo rejette enfin l’argument selon lequel les consultations populaires pourraient contribuer à la balkanisation de la RDC.
Il considère cette accusation comme un « renversement grotesque des responsabilités », estimant que la véritable menace pour l’intégrité territoriale du pays se trouve du côté des acteurs impliqués dans la crise sécuritaire dans l’Est.
« Ceux qui favorisent objectivement la balkanisation sont précisément ceux qui servent de relais politiques, directs ou indirects, à “Sauvons le Congo” et à l’AFC-M23 », soutient-il.
L’ambassadeur PCA appelle ainsi les Congolais à soutenir le principe d’une consultation directe de la population et à préserver l’unité nationale.
« Congolais, restons unis et remercions le Chef de l’État d’avoir choisi d’écouter directement son peuple », lance-t-il.
Il plaide par ailleurs contre toute forme de récompense politique accordée, selon lui, à ceux qui auraient pris les armes contre la République.
« Nous refusons toute prime accordée à ceux qui prennent les armes contre la République. Nous refusons que des serviteurs d’intérêts étrangers viennent négocier l’avenir du Congo comme s’ils en étaient les propriétaires », affirme Jean-Thierry Monsenepwo.
En conclusion, il appelle à tirer les conséquences politiques des positions adoptées dans le débat national.
« L’erreur est humaine. Mais lorsque l’on persévère consciemment dans l’erreur contre son propre pays, cela ne relève plus de l’ignorance : cela devient une faute politique et morale impardonnable », conclut-il.
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