RDC-Service national : les images de violences fragilisent une opération pourtant porteuse d’espoir à Kinshasa

La controverse enfle autour du déploiement du Service national dans la capitale congolaise. Ce lundi 31 août 2026, plusieurs séquences vidéo diffusées sur les réseaux sociaux ont suscité de nombreuses réactions. Les personnes visibles sur ces images sont présentées comme des éléments du Service national, intervenant auprès de commerçants et de propriétaires de marchandises dans des conditions marquées par des gestes de violence et des destructions présumées.

À ce stade, les circonstances exactes de ces scènes et l’identité de toutes les personnes impliquées doivent encore être établies. Mais leur diffusion suffit à relancer le débat sur les méthodes employées sur le terrain. Une opération initialement présentée comme un moyen de contribuer à l’assainissement, à la discipline et à la restauration de l’ordre urbain risque ainsi de se retrouver confrontée à une crise de confiance.

Une initiative qui devait symboliser la réinsertion

Le recours à des jeunes autrefois associés au phénomène « Kuluna », après leur passage par le processus de formation et de rééducation à Kaniama-Kasese, avait été présenté comme une expérience de transformation sociale. L’objectif affiché était de permettre à ces jeunes de tourner la page de la délinquance pour participer à des activités utiles à la collectivité.

Leur présence dans les rues de Kinshasa devait notamment contribuer à répondre à plusieurs problèmes qui empoisonnent la vie quotidienne des habitants : insalubrité, occupation anarchique de certains espaces publics, désordre urbain et difficultés liées à la circulation. Dans ce contexte, leurs premières interventions avaient été accueillies avec une certaine attente par une population en quête de solutions concrètes.

L’enjeu dépassait donc le simple cadre de l’assainissement. Il s’agissait aussi de démontrer qu’un programme de rééducation pouvait transformer d’anciens délinquants en citoyens capables de participer à la construction de leur communauté.

Entre autorité nécessaire et respect des droits

C’est précisément cette ambition qui se trouve aujourd’hui confrontée à une interrogation majeure : une mission de restauration de l’ordre peut-elle être efficace si ses méthodes sont perçues comme brutales par ceux qu’elle est censée servir ?

L’autorité est indispensable pour lutter contre l’anarchie urbaine. Toutefois, son exercice doit rester encadré par les règles et respecter la dignité des citoyens. Le fait d’assainir un espace public, de faire respecter une réglementation ou de lutter contre certaines pratiques ne saurait, en soi, justifier des violences, des humiliations ou la destruction de biens.

Si les comportements visibles dans certaines vidéos sont confirmés après vérification, ils constitueraient alors un sérieux écart par rapport à l’esprit de la mission. Ils pourraient également alimenter l’amalgame entre l’action du Service national et les pratiques de violence auxquelles la rééducation de ces jeunes était justement censée mettre fin.

Le risque d’un déficit de confiance

Pour une institution qui cherche à démontrer l’efficacité d’un programme de réinsertion, l’enjeu de l’image est considérable. La réussite d’une telle initiative ne se mesure pas uniquement au nombre de rues nettoyées ou d’opérations menées. Elle se mesure également à la capacité des agents déployés à agir avec discipline, professionnalisme et respect de la population.

Une institution chargée de participer à l’amélioration du cadre de vie ne peut durablement remplir sa mission si les citoyens commencent à redouter ses interventions. La confiance constitue, dans ce type d’opération, une composante essentielle de l’efficacité.

Il serait donc contre-productif que des comportements individuels, s’ils sont avérés, finissent par jeter le discrédit sur l’ensemble des jeunes engagés dans le programme ou sur les objectifs poursuivis par le Service national.

La hiérarchie face à ses responsabilités

La polémique actuelle met également en évidence la nécessité d’un encadrement rigoureux. Le commandement du Service national devra, le cas échéant, établir les faits, identifier les responsables et déterminer si les personnes mises en cause ont agi conformément aux instructions reçues.

Une clarification officielle permettrait également d’éviter que les réseaux sociaux ne deviennent le seul espace où se construit la perception de l’opération. Lorsque des images suscitent l’indignation, l’institution concernée a intérêt à communiquer sur les circonstances, les règles applicables et les éventuelles mesures prises.

La discipline interne doit accompagner la présence sur le terrain. Des consignes précises, un encadrement permanent, des mécanismes de plainte accessibles aux citoyens et des sanctions en cas de violations avérées constituent autant de garanties nécessaires pour préserver la crédibilité de l’opération.

Le débat actuel ne devrait pas conduire à remettre automatiquement en cause le principe même de la réinsertion des jeunes passés par Kaniama-Kasese. Il doit plutôt permettre de s’interroger sur les conditions dans lesquelles cette mission est exécutée.

Kinshasa a besoin d’actions concrètes contre l’insalubrité et le désordre urbain. Mais l’efficacité d’une politique publique ne peut être dissociée du respect des règles et des droits des citoyens. La fermeté ne doit pas être confondue avec la brutalité.

Le Service national se trouve ainsi face à un impératif : préserver les acquis d’une initiative qui avait suscité de l’espoir tout en corrigeant rapidement tout comportement susceptible de la discréditer. La crédibilité de cette opération dépendra autant de ses résultats que de la manière dont elle sera conduite.

 


LePotentiel / Provinces26rdc.com

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