Depuis le début de la guerre fin février, les forces armées américaines et israéliennes ont infligé de très lourdes pertes au régime iranien. Mais la République islamique affiche toujours une certaine confiance, notamment après l’accord de trêve conclu mardi soir.
Le ton est triomphal. L’Iran, par la voix de son Conseil suprême de sécurité, a revendiqué, mercredi 8 avril, « une grande victoire », après l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines entre Téhéran et Washington. Le régime iranien, qui a accepté de rouvrir le détroit d’Ormuz en échange d’un arrêt des frappes américaines, projette une certaine forme d’assurance, alors que des négociations doivent se tenir ces prochains jours pour un accord de paix. La trêve ne signifie « pas la fin de la guerre », a averti le régime, prévenant que « l’Iran n’acceptera la cessation des hostilités » que lorsque les négociations sur un accord de long terme auront abouti.
L’Iran a pourtant subi un flot incessant de bombardements israéliens et américains depuis le début de la guerre, le 28 février. Plusieurs complexes militaires ont aussi été frappés. Les Etats-Unis ont « complètement détruit la base industrielle de défense de l’Iran », a affirmé mercredi le ministre de la Défense américain, Pete Hegseth. « Nous avons attaqué, avec nos partenaires, environ 90% de leurs usines d’armement », dont « toutes les usines de production de drones explosifs Shahed », a précisé le chef d’état-major des armées américain, Dan Caine. En matière navale, « il faudra des années à l’Iran pour reconstruire des bâtiments de combat de surface », selon le général. « La puissance militaire iranienne est éprouvée », résume Thierry Coville, chercheur à l’Iris et spécialiste de l’Iran.
« La population est aux abois »
La campagne israélo-américaine a également détruit de nombreuses infrastructures civiles comme des ponts, des centrales, des universités et plusieurs établissements de santé. Près de 2 000 Iraniens sont morts durant le conflit, et plus de 25 000 autres ont été blessés, a rapporté l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un point de situation(Nouvelle fenêtre) publié le 2 avril. « La population du pays est aux abois et les conséquences socio-économiques de la guerre sont très importantes », prévient Sylvain Gaillaud, chercheur en histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Personne n’ose, à ce stade, envisager un nouveau soulèvement populaire contre le régime, alors que les précédents ont été réprimés dans le sang. D’autant que les dirigeants ont « mis en scène une forme d’unité nationale » ces derniers jours en appelant la population à faire des « chaînes humaines » pour protéger les infrastructures civiles. « L’ampleur des destructions a pu faire prendre conscience à une partie de la population que ça n’était pas la République islamique qui était attaquée, mais bien l’Iran », analyse Sylvain Gaillaud.
Les têtes du régime islamique ont pourtant été décimées. Plusieurs dirigeants, dont son guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, plusieurs généraux et des ministres, ont été tués dans des frappes aériennes. Mais les mollahs, au pouvoir depuis 1979, ne se sont pas écroulés, contrairement aux espérances américaines. Le guide suprême a ainsi été remplacé par son fils, Mojtaba Khamenei, qui n’est pas encore apparu en public.
La « résilience et la résistance durable » du régime
« L’idée qu’en assassinant ses chefs, le système serait devenu pragmatique ou que cela aurait abouti à un changement de régime, c’est vraiment ne rien comprendre à la République islamique d’Iran, où le système de décision est basé sur le consensus », décrypte Thierry Coville.
Malgré la « décapitation systématique de l’appareil militaire et politique », l’Iran a fait preuve « de résilience et d’une résistance durable », abonde encore Sylvain Gaillaud. Le corps des Gardiens de la Révolution, bras armé du régime avec ses 190 000 combattants, a ainsi étendu son influence sur le pays, « grâce à une organisation décentralisée et moins d’ordres du gouvernement », pointe le spécialiste.
L’influence grandissante de cette organisation, désignée fin janvier comme terroriste par l’Union européenne après la répression sanglante menée lors des manifestations de janvier, « n’est pas une bonne nouvelle » pour l’administration Trump, prévient Sylvain Gaillaud. « Leur raison d’être est l’exportation de la révolution islamique à d’autres pays. Et les Etats-Unis sont vus comme une menace existentielle. Ils poussent aussi pour que l’Iran se dote de l’arme nucléaire », ajoute le spécialiste. « Le doigt sur la gâchette », les Gardiens de la Révolution sont prêts à riposter « si l’ennemi venait à répéter ses erreurs de calcul », ont-ils prévenu sur leur chaîne Telegram mercredi.
Malgré une puissance de frappe largement inférieure à celle des alliés américains et israéliens, l’Iran a également démontré une capacité de nuisance importante dans la région, ciblant ses voisins du Golfe et bloquant tout passage dans le détroit d’Ormuz, crucial pour l’acheminement d’hydrocarbures. « Donald Trump ne s’attendait pas à une telle résistance », souligne Thierry Coville. « Pour l’Iran, gagner cette guerre, c’était ne pas la perdre. Pour les Etats-Unis, c’était l’inverse », complète Sylvain Gaillaud.
Le nucléaire fait son retour dans les négociations
Le régime iranien se montre ainsi confiant concernant les futures négociations. Les pourparlers se dérouleront à partir de vendredi au Pakistan, médiateur clé de cette guerre, et en présence du vice-président américain, J.D. Vance, samedi. Donald Trump a affirmé que Téhéran avait transmis « une proposition en dix points » qui « constitue une base viable pour négocier ».
Une version du plan, diffusée par la presse iranienne, demande la levée des sanctions contre la République islamique. L’un des points prévoit aussi que Washington accepte l’enrichissement d’uranium. En juin 2025, les Etats-Unis avaient frappé trois sites nucléaires du pays avec de puissantes bombes antibunker. Donald Trump avait alors affirmé qu’il s’agissait d’une « réussite militaire spectaculaire ». Mais l’étendue exacte des dégâts sur les plus de 400 kg d’uranium hautement enrichi reste inconnue.
« Le fait que le sujet soit dans les discussions est une énorme défaite pour le président américain, qui, après deux guerres, se retrouve à négocier le sujet de départ », souligne Thierry Coville. Ces négociations pourraient d’ailleurs à nouveau achopper. « L’agenda iranien est disproportionné par rapport à ce que les Etats-Unis peuvent accepter », pointe Sylvain Gaillaud. D’autant que la question de la gestion du passage d’Ormuz reste hautement inflammable.
france info / Provinces26rdc.com
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