Une imposture à ciel ouvert, un pays à genoux

Historiquement, chaque fois que la rue gronde, le pouvoir agite la perspective d’un dialogue piloté par les confessions religieuses. Il n’y a pas si longtemps, Tata cardinal Fridolin Ambongo avait déjà annoncé un « dialogue inclusif » à l’issue d’une rencontre avec M. Tshisekedi, une promesse restée lettre morte. Aujourd’hui, la même ficelle est ressortie.

Le ministre Patrick Muyaya s’est empressé de fixer des « limitations » quant aux participants, ce qui constitue déjà l’aveu que ce dialogue ne sera ni libre ni véritablement inclusif.

L’archevêque de Kinshasa, en bon pasteur, semble se laisser instrumentaliser de bonne foi, en acceptant d’annoncer lui-même cette initiative, plutôt que de laisser cette responsabilité au porte-parole du président ou du gouvernement. Il lui confère une caution morale. La CENCO et l’ECC, en s’empressant de jouer les médiateurs, semblent oublier que ce pouvoir n’a, jusqu’à présent, respecté ni ses engagements ni sa parole.

– Le double jeu permanent du président Tshisekedi –

Félix Tshisekedi a fait du mensonge une méthode de gouvernance. Il a promis la fin de la guerre, l’état de droit et le redressement économique ; aucune de ces promesses n’a été pleinement tenue. Il va jusqu’à contredire ses propres déclarations, notamment sur la question constitutionnelle.

Le fait que l’UDPS remette sur la table le projet de modification de la Constitution dès le lendemain de l’annonce du dialogue envoie un signal fort : le pouvoir ne semble avoir aucune intention d’engager un dialogue sincère ou de partager réellement le pouvoir. Ce dialogue apparaît davantage comme un paravent destiné à gagner du temps et à préparer un nouveau mandat ou une réforme constitutionnelle sur mesure.

– La guerre dans l’est, l’angle mort permanent –

Pendant que ces jeux politiques occupent Kinshasa, l’est du pays demeure abandonné. Le Grand Kivu est en flammes et la RDC court toujours le risque de la balkanisation. Tous les déplacés se comptent par millions. L’état de siège instauré en 2021 n’a pas atteint les résultats escomptés, l’armée connaît de graves difficultés et les groupes armés continuent de proliférer.

Ni le gouvernement, ni les confessions religieuses ne semblent avoir fait de la fin de la guerre un préalable absolu à tout dialogue politique. Tata cardinal Fridolin Ambongo parle de réconciliation nationale alors que les tragédies se poursuivent. Pour de nombreuses victimes, ce décalage peut être perçu comme une profonde injustice.

– Une opposition domestiquée et divisée –

La C64, ou ce qu’il en reste, a renoncé à la marche du 22 juillet après l’annonce du dialogue. Ce choix donne l’impression qu’il ne constitue plus une force politique totalement autonome, mais qu’il s’inscrit dans une logique dictée par les circonstances.

En se présentant comme la principale voix de l’opposition, il relègue au second plan d’autres forces politiques ainsi qu’une partie de la société civile qui continuent de maintenir la pression. Cette décision alimente les soupçons d’une possible manœuvre politique : certains dirigeants auraient-ils reçu la promesse de quelques postes dans un pseudo-dialogue destiné à désamorcer la colère populaire ?

– La crise économique et sociale, terreau du désespoir –

Inflation galopante, chômage endémique, dépréciation de la monnaie nationale : la population lutte chaque jour pour survivre. Pendant ce temps, le pouvoir détourne l’attention par des dialogues stériles, tandis que les richesses minières profitent essentiellement à une élite corrompue et à des intérêts étrangers.

Les confessions religieuses, témoins quotidiens de cette misère dans leurs paroisses, devraient être à l’avant-garde de la dénonciation de ce pillage plutôt que de donner l’impression de légitimer un régime en difficulté.

– Un piège tendu aux Églises

En acceptant de jouer les intermédiaires sans garanties contraignantes, les responsables religieux prennent un risque considérable. Si le dialogue échoue ou n’aboutit pas, ils pourront être accusés de complicité. s’il débouche sur un simulacre, leur crédibilité risque d’en sortir profondément affaiblie.

Tata cardinal fridolin ambongo, en particulier, semble s’être laissé piéger par sa volonté pastorale de favoriser le dialogue. En rencontrant M. Tshisekedi et, surtout, en annonçant lui-même cette initiative, il lui a accordé une caution morale que le pouvoir pourrait ensuite piétiner une fois la pression populaire retombée.

– Un scénario de pourrissement –

Le schéma paraît classique : annoncer un dialogue pour désamorcer la contestation, en limiter ensuite la portée en contrôlant les participants, nier ultérieurement certains engagements, pendant que d’autres objectifs politiques continuent d’avancer, notamment une éventuelle réforme constitutionnelle ou d’autres projets de pouvoir.

Dans cette lecture des événements, les confessions religieuses risquent de devenir des cautions morales involontaires d’une mécanique politique qu’elles ne maîtrisent plus. La C64 apparaît comme un acteur affaibli. La guerre dans l’est demeure reléguée au second plan au gré des priorités politiques du moment. Les principaux perdants restent le peuple congolais, pris en otage entre une crise sécuritaire persistante, les difficultés économiques et une profonde défiance envers les élites politiques, religieuses et institutionnelles.

Jean-Claude Vuemba Luzamba, Président national du MPCR


Ouragan / Provinces26rdc.com

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*