L’opposant Moïse Katumbi s’exprime au sujet de la situation socio-politique en RDC sur fond de débat sur un éventuel changement de la Constitution.
Dans un entretien exclusif, l’opposant congolais Moïse Katumbi répond aux questions sur l’actualité et adresse un message direct au président Félix Tshisekedi.
Quels risques voit-il pour la démocratie congolaise ? Que pense-t-il de la condamnation à mort de Joseph Kabila ? Quelle évaluation fait-il des accords de partenariat entre les États-Unis et la RDC ?
Ecoutez ou lisez l’interview de la DW avec Moïse Katumbi.
DW : Monsieur Moïse Katumbi, bonjour. Pourquoi vous vous opposez à la loi référendaire actuellement en examen au Parlement ?
Moïse Katumbi : Mais vous savez, nous avons une constitution qui protège tout le peuple congolais. La Constitution n’est pas une chemise qu’on peut changer à tout moment. Le président Tshisekedi lui-même a juré devant cette constitution, devant la nation congolaise et devant Dieu. Et si vous avez juré devant le peuple, devant Dieu et vous voulez vous dédire, vous croyez que vous allez respecter même les accords avec les Etats-Unis ? Donc, si vous changez la Constitution, un accord, là, vous pouvez le jeter dans les toilettes.
DW : Quel mécanisme concret proposeriez-vous pour garantir qu’un éventuel débat sur la Constitution soit transparent, inclusif et à l’abri des intérêts partisans ?
Moïse Katumbi : Je crois, vous aviez suivi vous-même la ville morte. Le peuple a dit non. Vingt millions de personnes, plus de vingt millions, ne sont pas sortis. Ils sont restés (ndlr : à la maison pour observer la journée ville morte). Moi, je crois que, le président Tshisekedi doit revenir à la raison. Il n’est pas trop tard, parce qu’après, ça sera trop tard pour lui. Le président Kabila est sénateur à vie. Il sera le deuxième sénateur à vie.

Pour ses détracteurs, le président Félix Tshisekedi cherche à modifier la constitution pour rester au pouvoir.
DW : Vous, membres de l’opposition, appelez à une nouvelle mobilisation de la population. Pensez-vous que les sit-in et les opérations « ville morte » peuvent dissuader les partisans du pouvoir actuel de modifier la Constitution ?
Moïse Katumbi : Vous savez, la population, elle est consciente et elle sait que le problème ce n’est pas la Constitution, c’est la mauvaise gouvernance. S’ils n’ont pas d’eau potable, s’il y a l’insécurité partout, s’ils n’ont pas à manger. Vous croyez que ce pays leur appartient? Le pays appartient au peuple congolais.
DW: Et si malgré tout, la coalition au pouvoir, Union sacrée, parvenait à changer la Constitution, quelle serait votre réaction ?
Moïse Katumbi : Ils ne vont pas y arriver ! Nous allons nous opposer. C’est maintenant qu’on commence avec les manifestations. On va faire plus de manifestations. Et si le président Tshisekedi est prêt à tuer, et comme on a tué [Thérèse Deshade] Kapangala [ndlr : une jeune aspirante tuée par balle lors d’une marche contre le régime de Joseph Kabila], comme on a tué les autres, il sera responsable. Moi, je lui donne un conseil : Vaut mieux partir et ne pas avoir le sang dans ses mains. Parce que quand on a le sang par après, quand on part, ça laisse beaucoup de tâches. Il ne doit pas suivre tous ces mauvais conseillers. La plupart de ces mauvais conseils, la plupart de ces charlatans de pasteurs-là, c’est ces mêmes pasteurs-là qui voulaient induire le président Kabila en erreur à l’époque.Heureusement, il [Kabila] était sage.
DW : Monsieur Moïse Katumbi, vous appelez régulièrement au dialogue entre les acteurs politiques. Quelles conditions minimales devraient être réunies pour que l’opposition participe à un dialogue national et en accepte les conclusions ?
Moïse Katumbi : Vous savez pourquoi nous insistons sur le dialogue inclusif ? Le président Tshisekedi dit c’est pas le dialogue qui va amener la paix. Nous vivons dans quel monde? On oublie le passé !! Sun-city (ndlr : la ville sud-africaine qui avait accueilli le dialogue inter-congolais de 2002), il y a eu quatre factions de rebelles. Jean-Pierre Bemba et les autres y étaient. Sans Sun-City, il n’y aurait pas la paix. Le président Kabila avait accepté le dialogue inclusif. On a eu la paix dans notre pays.
On ne fait pas un dialogue avec ses amis. On fait un dialogue avec ses adversaires et ses ennemis. Donc ce que nous cherchons, c’est pour faire taire les armes dans notre pays. Les gens qui ne veulent pas de dialogue inclusif, c’est parce qu’ils savent, pour eux, la guerre est devenue un business.

Moïse Katumbi rappelle que le président Joseph Kabila avait accepté à son époque le dialogue inclusif.
DW : Quelle est votre évaluation du partenariat entre la RDC et les États-Unis concernant les minerais stratégiques ?
Moïse Katumbi : Vous savez, le partenariat entre la RDC et les États-Unis, c’est une très bonne chose pour la population congolaise. Mais aujourd’hui, il y a un danger. Si Tshisekedi ne veut pas respecter la Constitution, comment voulez-vous qu’il puisse respecter l’accord? Combien d’accords, le président Tshisekedi n’a pas respecté. C’est pourquoi nous disons il n’y aura pas changement de la Constitution, parce que s’il change la Constitution, il n’y aura aucun investisseur qui va venir. On va être en instabilité. Donc, je donne un conseil au président Felix : Être adversaires politiques, nous ne sommes pas des ennemis, nous sommes obligés de vivre ensemble. Il faut que nous puissions voir les deux anciens présidents qui sont sénateurs à vie, vivre tranquillement dans notre pays et donner des conseils au prochain président qui va arriver.
DW : Justement, l’ancien président Joseph Kabila a été condamné pour ces liens présumés avec le M23. Etes-vous en désaccord avec ce verdict ?
Moïse Katumbi : Vous savez, posez la question au peuple congolais ! D’abord, c’est un mauvais signal, condamner un ancien chef de l’Etat… condamner à mort. Et c’est le même président Kabila qui avait donné le pouvoir au président Tshisekedi en 2018. En 2023 et les élections, au lieu de faire une journée, on a changé pendant sept jours pour changer le résultat.
DW : Pensez-vous que ce fut une erreur de sa part, de l’ancien président Joseph Kabila, de se rendre à Goma ?
Moïse Katumbi : Vous savez, cette question, vous devez la poser au président Kabila. Et ce que moi je sais, Goma, c’est en République démocratique du Congo. Moi, je crois que nous ne sommes pas des ennemis. Le chef de l’Etat aujourd’hui, le président de la République, c’est à lui d’harmoniser avec le président Kabila pour trouver une solution pacifique.
DW / Provinces26rdc.com
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