Accord de paix entre les États-Unis et l’Iran : « Le texte sera important s’il n’est pas trop précis »

Un accord imminent pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient… C’est ce qu’a annoncé le Pakistan, pays médiateur dans les négociations entre l’Iran et les États-Unis, en guerre déclenchée par l’attaque israélo-américaine contre l’Iran le 28 février. Ce samedi, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a même assuré que le texte pourrait être signé dans les 24h. De son côté, la diplomatie iranienne temporise : il faudra attendre quelques jours, assure son porte-parole. Analyse avec Bernard Hourcade, chercheur émérite au CNRS et spécialiste de l’Iran.

RFI : Si un protocole d’accord était signé dans les prochains jours, ce ne serait pas véritablement la fin des négociations. Peut-on s’attendre à des semaines, voire des mois de négociations sur les points techniques ?

Bernard Hourcade : Il y aura certainement des années de négociations. On ne met pas fin à un conflit entre l’Iran et les États-Unis, qui a commencé avec la prise en otage de diplomates au mois de novembre 1979, en quelques minutes. Mais ce qui est très important, c’est que pour la première fois, l’Iran et les États-Unis, face à face, décident de mettre un terme à ce conflit qui a duré pendant presque un demi-siècle. Et donc l’accord est là, il est sur le principe, tout est décidé. Mais peut-être que des deux côtés, il n’y a personne pour prendre vraiment une décision. Donald Trump est bloqué par Israël et Benyamin Netanyahu, qui veut une position plus ferme et donc aucune décision n’est prise. Et côté iranien, le guide Ali Khamenei a été tué et il n’y a à sa place personne pour vraiment prendre une décision. Différentes tendances s’affrontent, même s’il y a un consensus général. Effectivement, les blocages sont nombreux et peuvent retarder l’accord. Mais l’accord-cadre, il est là. Il est volontairement global de la part des Américains comme des Iraniens et c’est ça qui est important. Pour les détails, ils trouveront une solution, mais c’est un événement historique que l’on est en train de vivre.

Que faudra-t-il regarder de près pour saisir l’importance de ce texte ?

Le texte sera important s’il n’est pas trop précis. Ce qui est important, c’est de voir que les deux pays s’entendent pour trouver une solution pacifique à leur contentieux qui dure depuis 50 ans maintenant. Que ces deux pays signent un accord de coopération, c’est pour la République islamique une révolution. La République islamique s’est faite contre « le grand Satan américain », et pour les Américains, l’Iran était également le symbole de tout ce qu’il y avait de pire au monde à l’époque de Bush et de Trump. Autrement dit, le simple fait qu’ils signent un document est déjà un événement considérable.

Après, dans le détail, il y aura des accrochages, des problèmes, des conflits éventuellement militaires ponctuels, mais c’est le principe même de cet accord qui est important. Le reste est secondaire.

Il a beaucoup été dit que les dirigeants iraniens jouaient sur le temps long. Est-ce encore le cas aujourd’hui ?

On raconte généralement que les Iraniens ont le temps long, ce sont des Orientaux… Tout cela, c’est du discours culturel qui n’a aucun sens. Les Iraniens sont pressés de trouver une solution. Les Iraniens ont été bombardés, le pays est ravagé par une crise économique et politique considérable. Et donc les Iraniens veulent passer à autre chose, qui est le changement de politique intérieure.

Les révoltes du mois de janvier ne sont pas finies. Elles couvent toujours, donc un changement de système politique est sur la table en Iran. Tout le monde le sait et donc tout le monde veut trouver une solution qui ne soit pas une sorte de « ni paix, ni guerre » actuelle, parce que les questions sont trop graves. Et les Iraniens veulent effectivement sortir de la crise dès que possible.

Ils ne sont pas forcément moins pressés que Donald Trump, dont on connaît l’impatience ?

Évidemment, les Iraniens ont l’habitude de subir des crises depuis très longtemps, et donc leur capacité à résister peut être plus grande que celle des Américains qui ont des impératifs immédiats, entre la Coupe du monde de football, le G7, et puis les élections. En Iran, il n’y a pas le même problème, mais les pressions sont également gigantesques sur l’Iran, donc tout le monde veut en finir. C’est ça qui est, je crois, le plus important.

 


RFI / Provinces26rdc.com

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