« Changement du prix du carburant et conflits sociaux : une possible corrélation? »

Désormais, le litre d’essence s’achète à 3.970 francs congolais (1.58 USD) dans la partie est du pays, alors qu’à l’ouest, il est fixé à 3 225 francs congolais (1.29 USD). Pour ceux qui se présentent à la pompe, ils doivent regarder leur portefeuille par deux fois, d’autant plus que le prix est allé à la hausse. Ailleurs, ce type de mouvement des prix de carburant a entraîné des tensions sociales. On se souviendra par exemple d’Haïti en juillet 2018, du Zimbabwe en janvier 2019, du Nigeria en septembre 2020, ou plus récemment du Sri Lanka en mai 2022.

Il est clair que la hausse du carburant affecte autant les ménages, par le canal de la détérioration du pouvoir d’achat, que les entreprises, via leur rentabilité. Les Congolais ne seront donc pas épargnés. Mais rien ne permet de penser à un conflit social en RDC comme lors de la dernière majoration. Il n’existe pas une volatilité des prix de l’essence à la pompe comme ailleurs où ce produit n’est pas subventionné, laquelle subvention joue le rôle du stabilisateur permettant de lisser les prix et in fine épargne l’agent économique du choc des prix.

Il est clair que la hausse du carburant affecte autant les ménages, par le canal de la détérioration du pouvoir d’achat, que les entreprises, via leur rentabilité. Les Congolais ne seront donc pas épargnés. Mais rien ne permet de penser à un conflit social en RDC comme lors de la dernière majoration. Il n’existe pas une volatilité des prix de l’essence à la pompe comme ailleurs où ce produit n’est pas subventionné, laquelle subvention joue le rôle du stabilisateur permettant de lisser les prix et in fine épargne l’agent économique du choc des prix.

La subvention étatique, qui lisse et contient artificiellement les prix, n’est pas l’unique raison de pourquoi en fait les conflits sociaux n’ont pas éclaté. D’ailleurs, on ne voit aucune corrélation dans le temps entre la hausse du prix du pétrole et les conflits internes en RDC (voir graphique 1). Mais pour mieux comprendre une autre dimension de la relation entre le prix du carburant et les conflits sociaux, il faut se placer dans le contexte de l’étude récente du Fonds Monétaire International (FMI). Cette étude montre qu’il existe effectivement un lien positif entre le changement du prix du carburant et les conflits sociaux. Cependant, la nature du conflit est déterminante : les prix du carburant sont positivement associés aux manifestations contre le gouvernement. Ils ne sont pas liés d’autres formes d’actions protestataires comme les grèves et les actes terroristes. En sus, cette étude met en évidence d’autres éléments importants pour que la hausse du prix du carburant s’accompagne des troubles sociaux. Il s’agit entre autres du ralentissement économique, de la volatilité du taux de change, de la faiblesse des dépenses publiques liées à la santé et l’éducation, des inégalités de revenu élevées, de la faiblesse de la qualité institutionnelle, se traduisant notamment par une corruption élevée.

Ce tableau est relativement flou dans le cas de la RDC. En effet, le taux de croissance s’est situé à 8,9 % en 2022 selon le FMI. La même source prévoit un taux de 6,7 % en 2023. La production sera donc au rendez-vous, même si ce n’est pas le niveau de l’année précédente. La situation du taux de change est relativement inquiétant : en googlant rapidement, on lit sur Google Finance que le taux de change était de 2030, USD pour 1 USD à la fin de l’année 2022 contre 2612,5 USD au 30 octobre 2023. Dans l’entre-temps, les fluctuations ne sont pas négligeables dans l’intervalle temporel. Au sujet des dépenses publiques, les publications online du Ministère du Budget ne sont pas à jour pour situer le niveau de l’exécution budgétaire à fin octobre ni septembre. Les données disponibles se rapportent à fin juillet 2023. À cette date, les dépenses exécutées représentaient 41,7 % pour l’éducation et 35,1 % pour la santé des allocations votées. Il est donc difficile de savoir si, à la clôture de l’année 2023, le niveau d’exécution dans ces deux postes sera inférieur aux taux de ces dernières années. En des termes différents, on ne sait pas très bien si les allocations budgétaires de ces postes sont faibles ou que celles-ci soient perçues ainsi par la population. La corruption comme les inégalités demeurent préoccupantes. Pour preuve, en 2022, selon Transparency International, la RDC était classée 166ᵉ sur 180 pays avec une note de 20 sur 100. Avec les scandales sur les jeux de la Francophonie ou la suspension du Thierry Mbulamoko, Coordonnateur de l’Agence présidentielle de lutte contre la corruption (APLC) par exemple, rien n’augure forcément une meilleure note pour cette année. Quant aux inégalités de revenu, selon les données de World Database Inequality, en RDC, le 1 % les plus aisés rafle 14,6 % de tout le revenu national. Et les 10 % les plus aisés arrivent à se partager 48,8 % de revenu national contre 38,5 % pour 40 % du milieu de la population.

Il est clair que les conditions se mettent en place pour des conflits sociaux. Si l’on n’en est pas encore à cette situation, le gouvernement doit dire merci à la croissance économique (et peut-être aux dépenses de l’éducation et de la santé) et à la subvention qui amortit le choc. Mais dans tous les cas, ce dernier ne doit pas négliger que la frustration sociale peut être aussi contenue à cause des échéances électorales : « ça sert à quoi d’agir maintenant, si dans un mois on pourra voter pour une nouvelle équipe ». Dans ce cas, cette nouvelle étude constitue une cartouche autant pour les opposants que pour l’équipe gouvernementale.

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