Concert tragique de Mike Kalambayi : un triste record d’épisodes mortels pour le pays

Des morts, encore des morts. Au Congo-Kinshasa, on agit dans la précipitation après le drame. Parfois, c’est du cosmétique pour maquiller les insuffisances d’un État défaillant, incapable d’anticiper. Le concert tragique de Mike Kalambayi est l’illustration parfaite d’un pays qui néglige l’essentiel. Pourtant, cette nouvelle tragédie pouvait être évitée.

Neuf morts, de nombreux blessés, le bilan est lourd. Des familles ont été endeuillées alors que leurs membres sont partis louer l’éternel. Qu’est-ce qui a été à la base de la tragédie le samedi 27 juillet au stade des Martyrs ? La mauvaise organisation et les failles sécuritaires. Même si Maajabu Gospel, le label organisateur de l’événement, a semblé nier l’évidence (morts), avant de se rétracter, les images devenues virales sur les réseaux sociaux montrent un véritable chaos à l’entrée. Des mélomanes coincés sur les grilles, étouffés. D’autres personnes ont été écrasées ou piétinées. Insoutenable. L’affluence aura été “supérieure” à celle prévue par l’organisation. Des tensions sont apparues lorsque les fans ont brisé la queue, malgré les instructions de la police. Cette violation des consignes a été à la base de la confusion, selon divers témoignages. On y voit par exemple dans une vidéo prise par un fan, la foule tentant de forcer le passage devant la sécurité, renversant presque les barricades. “Malheureusement, la police a recouru aux méthodes fortes et tout a dégénéré”, s’indigne un spectateur.

L’organisateur et le pouvoir public indexés

En clair, la police et les autres agents de sécurité n’ont pas été prévoyants. Ailleurs, les premières barrières de sécurité sont placées loin de l’enceinte. Les barricades forment une allée qui se serpente jusqu’au point d’entrée. Le contrôle est rigoureux et ne laisse aucune place aux fraudeurs. Le bracelet électronique ou le billet que porte chaque personne indique à l’ordinateur après le scan, le nombre de personnes ayant déjà accédé au stade. Facile pour les équipes de limiter le nombre de spectateurs car le décompte est automatique. “Il s’agit d’éviter l’invasion. Et les organisateurs ont souvent besoin de connaître le nombre de présents, pour des questions logistiques ou de bilan”.

Au stade des Martyrs, rien de tout ça, rien de nouvelle technologie. Le complexe vit encore au Moyen âge. Rien de moderne dans la gestion de la billetterie comme dans la sécurisation des spectateurs. Le dernier match des Léopards face au Togo a été aussi une véritable catastrophe. Les bousculades étaient observées aux portes exiguës d’entrée. Là aussi, on avait frôlé le pire. De nombreux blessés ont tout de même été enregistrés. Au lieu de tirer les leçons, les mêmes erreurs sont commises par les mêmes personnes. Avant Kalambayi, Fally avait comptabilisé 11 morts. Une dizaine d’années avant (11 mai 2014), un match décisif V.Club- Mazembe avait occasionné plus d’une quinzaine de morts et plusieurs blessés au stade Tata Raphaël. A l’époque comme aujourd’hui, les commissions d’enquête mises en place n’ont jamais livré leurs conclusions. Un manque de conscience.

Le réveil coupable après la tragédie 

Pour du saupoudrage probablement, le gouvernement a suspendu jusqu’à nouvel ordre toutes les manifestations non-sportives aux stades des Martyrs et Tata Raphaël. Question, dit-on, de préserver des vies humaines. Et après ? Quelles dispositions seront prises pour qu’à l’avenir, les Congolais ne revivent plus ce cauchemar. Aucune indication.

La décision prise dimanche 28 juillet à l’issue de la réunion de crise présidée par le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, sécurité, décentralisation et affaires coutumières, Jacquemain Shabani aura tout sens si les méthodes décriées ne refont plus surface. Sinon, ça sera de la poudre aux yeux. Tout de même, les autorités promettent de ne pas se passer de la procédure judiciaire. “Nous pouvons vous rassurer que nous allons suivre tout cela de très près avec le ministre d’État à la Justice et garde des Sceaux pour que, dans un délai le plus bref, les responsabilités tant pénales que civiles soient établies”, a prévenu Shabani.

On apprend que le pouvoir public a également émis le souhait de renforcer la réglementation en la matière pour éviter de nouvelles pertes en vies humaines. Première conséquence à acter, l’annulation du double concert de Fally et du festival de Ferré Gola au stade Tata Raphaël, prévus au mois d’août.

Les yeux sceptiques mettent le VPM de l’Intérieur au défi de révolutionner le système d’organisation et de sécurisation de grands événements. Qu’on le veuille ou pas, la faute incombe d’abord aux services de l’Etat, la plupart de fois, défaillants et sous-équipés. Il faut pour relever le défi commencer alors par tout moderniser et respecter surtout les standards dans l’organisation de grandes manifestations culturelles, sportives ou politiques.

 


Ouragan / Provinces26rdc.com

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