Toutes les guerres finissent par s’éteindre. L’histoire mondiale en est le témoin immuable : de la guerre de Sécession américaine, la guerre de 100 ans,entre la France et l’angleterre, la guerre de 30 ans entre le Saint-empire Germanique catholique et les Nations protestantes, la guerre entre la Prusse et la France en 1870, la 1ère guerre mondiale 1914-18, la 2ème guerre mondiale 1940-45.
La guerre et les affrontements armés finissent toujours par céder la place à de nouveaux équilibres.
La région des Grands Lacs africains, plongée dans une instabilité chronique depuis près de trois décennies, ne fera pas exception à cette règle historique. Malgré l’échec des accords de paix successifs, une certitude demeure : les armes se tairont un jour. Dès lors, l’urgence n’est plus à la gestion de crise, mais à une interrogation fondamentale :
Quel ordre politique bâtir pour empêcher le retour de la violence ?
Anatomie d’une crise : le piège de la fragmentation
Les conflits qui endeuillent les Grands Lacs ne sont pas des accidents de l’histoire. Ils s’inscrivent dans une dynamique structurelle qui traverse de nombreux États africains : la fragmentation des sociétés souvent héritée du colonisateur. Partout sur le continent, les mêmes lignes de fracture bouillonnent :
Bipolarisation ethnique : comme entre Hutu et Tutsi au Rwanda et au Burundi ;
• Tensions régionales, à l’instar du Congo-brazzaville ou du Tchad ;
• Fractures linguistiques et politiques, comme au Cameroun ;
• Logiques de pouvoir claniques, visibles au Gabon ou au Togo.
Ces divisions chroniques traduisent une même faille : l’absence d’États-nations inclusifs, capables de faire primer l’intérêt général sur les replis identitaires. Face à ce constat, les Amis des Grands Lacs proposent de rompre avec l’immédiateté pour poser trois questions refondatrices : D’où venons-nous ? Où en sommes-nous ? Où voulons nous aller ?
Le miroir européen : l’interdépendance contre la barbarie
C’est ici que l’analyse comparative du professeur Watchiba prend tout son sens. Comment 27 États souverains, séparés par des siècles de guerres, des langues et des cultures divergentes, ont-ils réussi à bâtir l’un des blocs politiques les plus stables au monde ?
Sans être transposable à l’identique, le modèle de l’Union européenne offre des enseignements majeurs :
1. Le choix de l’interdépendance : Après 1945, les anciens ennemis ont compris que la paix ne se décrétait pas, mais qu’elle se construisait en liant les destins économiques (la communauté du charbon et l’acier).
2. Des institutions supranationales fortes : La paix européenne repose sur des règles communes et des instances d’arbitrage capables de réguler les appétits des États.
3. Le socle des valeurs : L’État de droit et la démocratie ne s’y déclinent pas comme des concepts abstraits, mais comme les fondations des systèmes politiques.
La leçon du professeur Watchiba est limpide : une paix durable ne dépend pas de l’absence de guerre, mais de l’architecture politique que l’on donne aux relations entre les États.
Cinq piliers pour réinventer les Grands Lacs
Pour sortir de l’ornière, la réflexion doit se traduire en orientations concrètes autour de cinq axes majeurs :
Bâtir de véritables États-nations : Dépasser les pouvoirs personnalisés pour fonder des institutions inclusives où chaque citoyen trouve sa place.
Consolider l’État de droit : Sanctuariser des structures démocratiques indépendantes, garantes des droits de tous.
Repenser l’intégration régionale : Revitaliser des outils comme la CEPGL pour en faire de véritables instances de gouvernance partagée, dotées de pouvoirs réels.
Forger une identité transfrontalière : Faire émerger, au-delà des nationalités, un sentiment d’appartenance commun aux peuples des Grands Lacs.
Créer une économie intégrée : Structurer des chaînes de valeur régionales pour rendre le conflit économiquement suicidaire.
L’Afrique du Sud comme preuve par l’exemple
Pour ceux qui doutent de la faisabilité d’un tel sursaut, le continent africain recèle ses
propres miracles. L’Afrique du Sud de l’apartheid, longtemps jugée irréconciliable, a su inventer sous l’impulsion de Nelson Mandela la « nation arc-en-ciel ». Ce destin prouve que les traumatismes de l’histoire ne sont pas une fatalité, dès lors qu’ils sont combattus par une vision politique inclusive.
En définitive, le défi des Grands Lacs n’est pas sa diversité — inhérente à toute aventure humaine — mais la manière dont elle est organisée. Ce ne sont pas nos différences qui créent la guerre, mais le vide institutionnel qui les laisse s’entrechoquer.
La paix ne naîtra pas d’un simple cessez-le-feu de plus. Elle exige des institutions fortes, une vision audacieuse et un projet politique partagé. Car au-delà des frontières, c’est bien d’un destin commun qu’il s’agit. Nos remerciements à Mr Charles Lututa pour ces éclairages sur la situation et les perspectives de la Région des grands-Lacs.
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