La rivière Inkisi s’apprête à jouer un rôle accru dans les échanges commerciaux au Kongo Central. La Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, a lancé, vendredi 16 octobre, le transport moderne de marchandises sur ce cours d’eau, avec l’ambition de faciliter l’évacuation de la production agricole, de soutenir les entrepreneurs locaux et de dynamiser l’économie du territoire de Madimba.
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par la dégradation avancée de la route nationale numéro 16, qui complique depuis longtemps l’acheminement des marchandises vers les grands centres urbains. Le recours au transport fluvial apparaît ainsi comme une solution complémentaire pour améliorer la circulation des produits entre les zones de production et les marchés de consommation.
Pour le démarrage des activités, trois bateaux de grande capacité sont prévus afin d’assurer le transport des marchandises et des produits agricoles. Le dispositif repose sur une capacité cumulée annoncée de 6 700 tonnes et un corridor navigable d’environ 105 kilomètres reliant Kilemfu à Mbaka.
Près de 60 PME réunies autour du projet
La mise en exploitation de la rivière Inkisi s’inscrit dans le cadre du projet TRANSFORME, porté par le gouvernement congolais avec l’appui de la Banque mondiale. Près de 60 petites et moyennes entreprises (PME), dont 57 lauréates du Concours de plans d’affaires (COPA TRANSFORME), se sont regroupées au sein d’un groupement d’intérêt économique pour investir dans le transport cargo fluvial.
Selon le professeur Val Massamba, initiateur de ce groupement, cette démarche repose sur la mutualisation des moyens et des compétences des entrepreneurs congolais.
Il a souligné que l’appui du gouvernement et de la Banque mondiale a permis de concrétiser cette initiative, en privilégiant une approche collective destinée à renforcer les capacités des entreprises locales et leur compétitivité.
La mise en commun des ressources doit notamment faciliter l’accès aux matières premières issues de l’arrière-pays, dont les difficultés d’acheminement pénalisaient auparavant les activités de production et de transformation.
Un potentiel de 500 emplois directs et indirects
Au-delà du transport des marchandises, le projet entend favoriser la création d’activités économiques autour de la navigation, de la manutention, du stockage, de la maintenance et de la commercialisation des produits.

Le président du conseil d’administration du groupement d’intérêt économique fait état d’environ 500 emplois directs et indirects générés par cette initiative.
Le programme prévoit également la construction de 15 quais, d’entrepôts et d’autres infrastructures nécessaires au développement des opérations. Leur réalisation devrait renforcer les capacités logistiques du corridor et faciliter les échanges entre les bassins de production agricole, les unités de transformation et les centres de consommation.
Pour les producteurs locaux, l’enjeu est de pouvoir acheminer leurs récoltes dans de meilleures conditions, tout en réduisant les contraintes liées à l’état des routes. Une meilleure évacuation des produits pourrait également ouvrir de nouvelles perspectives aux investissements dans l’agriculture et l’élevage.
Le gouvernement appelé à renforcer les infrastructures
Le développement du transport cargo sur la rivière Inkisi nécessitera toutefois des aménagements complémentaires. Le vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, Daniel Mukoko, a insisté sur la responsabilité de l’État dans la préparation et l’entretien des infrastructures indispensables à la navigation.

« C’est à l’État d’assurer le dragage, le balisage, la construction de quais d’accostage, mais également la réhabilitation des tronçons routiers qui vont permettre d’atteindre ces différents quais », a-t-il déclaré.
Selon lui, ces investissements permettront de faire de la rivière Inkisi un axe économique susceptible de dynamiser les territoires de Madimba et de Mbanza-Ngungu.
Le responsable a également mis en avant la position stratégique du futur port, situé à environ 830 mètres de la gare d’Inkisi et à moins de 300 mètres de la route nationale numéro 1. Cette proximité offre des possibilités de connexion entre les transports fluvial, ferroviaire et routier.
Jusqu’à présent principalement exploitée pour la production d’électricité et l’approvisionnement en eau potable, la rivière Inkisi pourrait ainsi acquérir une nouvelle fonction dans l’organisation des échanges commerciaux de la province.
La Première Judith Suminwa mise sur le développement à la base
Présente au lancement des opérations, la Première ministre a présenté cette initiative comme un levier de désenclavement des territoires et de relance de l’économie productive.
Pour Cheffe de l’exécutif national, le projet dépasse la simple mise en service de bateaux et de barges. Il traduit, selon elle, la volonté de reconnecter les territoires et de rapprocher les communautés des circuits économiques, conformément au troisième pilier du Programme d’actions du gouvernement 2024-2028.
Judith Suminwa Tuluka estime que l’amélioration des conditions de transport doit favoriser les investissements dans l’agriculture, la transformation des produits locaux, la logistique et les services connexes.
Elle a, par la même, mis en avant la capacité du projet à renforcer les chaînes de valeur locales, à soutenir les producteurs ruraux et à créer de nouvelles perspectives de croissance dans les régions des Cataractes et de la Lukaya.
De son côté, le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME, Justin Kalumba, a salué l’engagement du gouvernement en faveur de l’entrepreneuriat. Il inscrit cette initiative dans la dynamique de diversification de l’économie nationale impulsée par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
La cheffe du gouvernement a, par ailleurs, insisté sur la nécessité de préserver les conditions favorables au développement de cette nouvelle activité, en mettant en garde contre les pressions fiscales excessives susceptibles de fragiliser les entreprises concernées.
Le lancement du transport cargo fluvial sur la rivière Inkisi ouvre ainsi une nouvelle perspective pour l’économie de Madimba. La concrétisation de ses retombées dépendra notamment de la réalisation des infrastructures annoncées, de l’amélioration des connexions avec le réseau routier et ferroviaire ainsi que de la capacité des opérateurs à assurer durablement le transport des marchandises.
Si ces conditions sont réunies, cette voie navigable pourrait contribuer à réduire les difficultés d’évacuation des produits agricoles et à renforcer les échanges commerciaux au Kongo Central.
Opinion Info / Provinces26rdc.com
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