La République Démocratique du Congo continue de vivre une réalité paradoxale dans le domaine artistique et culturel. Si la qualité et la diversité de ses productions musicales et culturelles sont saluées à travers le monde, une très grande partie de ses créateurs évolue encore dans une précarité persistante, faute d’un système fiable de gestion collective des droits d’auteur et des droits voisins.
Depuis plusieurs décennies, aucune réforme durable n’a véritablement permis de garantir aux auteurs, compositeurs, artistes-interprètes et autres ayants droit une rémunération transparente et équitable issue de l’exploitation de leurs œuvres. Les initiatives engagées par les différents responsables du ministère de la Culture, Arts et Patrimoine se sont succédées sans parvenir à instaurer une gouvernance moderne répondant aux standards internationaux.
Aujourd’hui, de nombreuses voix du secteur culturel plaident pour une refondation profonde de ce mécanisme essentiel à l’économie créative. Elles invitent les institutions de la République, et particulièrement le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, à engager une réforme structurelle de la gestion collective afin de restaurer la confiance des créateurs et de leurs partenaires.
Selon plusieurs artistes et professionnels du secteur, cette réforme devrait notamment permettre de mettre fin aux nombreuses controverses qui entourent la Société congolaise des droits d’auteur et droits voisins – SOCODA – ainsi que la Société nationale des éditeurs, compositeurs et auteurs – SONECA -, souvent accusées d’insuffisances en matière de gouvernance, de transparence et de répartition des redevances.
Ces acteurs estiment qu’un processus de restructuration accompagné par des organisations internationales spécialisées, telles que l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle – OMPI -, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture – UNESCO – ou encore la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs – CISAC -, pourrait contribuer à professionnaliser durablement la gestion collective en RDC.
Fally Ipupa, un symbole révélateur
La décoration de Fally Ipupa par le Président rd-congolais, le 6 juin 2026, constitue un hommage mérité à l’un des plus grands ambassadeurs contemporains de la culture rd-congolaise. Toutefois, cet événement met également en lumière les défis structurels auxquels demeure confronté le secteur des droits d’auteur en Rd-Congo.
Il convient de rappeler que depuis la sortie de son premier album solo, « Droit Chemin », le 1er juin 2006, jusqu’à sa distinction présidentielle vingt ans plus tard, Fally Ipupa n’a jamais été sociétaire de la SOCODA ni de la SONECA. Pourtant, durant toute cette période, ses œuvres ont été largement diffusées sur le territoire rd-congolais, dans les médias, les espaces publics et lors de nombreuses manifestations culturelles.
Dans ces conditions, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la rémunération générée par cette exploitation nationale. En réalité, l’artiste perçoit principalement les droits collectés par la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique – SACEM -, en France, ainsi que dans les pays liés à cette dernière par des accords internationaux de représentation réciproque.
Cette situation illustre les limites du système national de gestion collective et la nécessité d’une meilleure intégration de la Rd-Congo dans les réseaux internationaux de protection des droits d’auteur.
Pour plusieurs observateurs du secteur artistique et culturel, la crédibilité des organismes rd-congolais de gestion collective reste fortement fragilisée par des interrogations récurrentes relatives à leur gouvernance, à la transparence de leurs opérations ainsi qu’à la traçabilité des perceptions et des répartitions des redevances.
L’artiste musicien Fred Kabeya résume cette préoccupation en ces termes : « Notre État célèbre l’un de ses plus grands ambassadeurs, alors même que les artistes et d’autres créateurs continuent d’évoluer dans un environnement où la gestion collective des droits d’auteur manque de crédibilité, de transparence et d’efficacité. »
Il poursuit : « Cette décoration constitue certes une reconnaissance méritée du parcours exceptionnel de Fally Ipupa, mais elle rappelle aussi l’urgence de réformer un système qui peine encore à protéger efficacement les intérêts économiques des créateurs rd-congolais. Le Chef de l’État a rendu hommage aux grandes figures de notre rumba. Il pourrait également inscrire dans cet héritage une réforme historique permettant à tous les artistes de vivre dignement des fruits de leur création. Quid de l’économie de la culture. »
À travers cet appel, plusieurs acteurs du secteur artistique et culturel espèrent que cette distinction présidentielle puisse devenir le point de départ d’une réflexion nationale sur la modernisation de la gestion collective des droits d’auteur et des droits voisins en République Démocratique du Congo où tous les pouvoirs sont impliqués sous la responsabilité de Félix Tshisekedi.
Une telle réforme constituerait un signal fort en faveur de la professionnalisation des industries culturelles et créatives, de la protection effective des œuvres de l’esprit et du rayonnement international de la culture rd-congolaise.
Events RDC / Provinces26rdc.com
Laisser un commentaire