Des chercheurs ont appris à une intelligence artificielle à inventer de nouveaux virus, sans danger pour les individus. Seize de ces créations se sont révélées viables, soulevant toutefois des questions éthiques.
Difficile de déterminer jusqu’où l’intelligence artificielle (IA) pourra aller. Une étude publiée dans la revue Science et mise en lumière par le New York Times montre qu’une étape digne d’un film de science-fiction a été franchie: des chercheurs américains sont parvenus à utiliser une IA pour imaginer des virus qui n’existent pas dans la nature. Seize de ces créations se sont révélées viables.
Depuis plusieurs décennies, les scientifiques sont capables de fabriquer des génomes viraux. L’innovation réside aujourd’hui dans leur conception par une IA. Des chercheurs ont entraîné un modèle appelé Evo, qui présente des similitudes avec ChatGPT. Evo a appris à analyser près de 9.000 milliards de nucléotides issus de millions de séquences génétiques provenant d’animaux, de plantes, de microbes et de virus.
Le fonctionnement du modèle rappelle celui des agents conversationnels. Là où ces derniers savent créer des textes à partir de l’analyse de milliards de données sur Internet, Evo peut identifier les nucléotides qui composent l’ADN et les schémas communs à l’ensemble du vivant. Les scientifiques lui ont ensuite demandé de créer de nouvelles recettes.
Les chercheurs ont choisi de travailler sur les onze gènes de Phi X-174, un virus bactériophage étudié depuis près d’un siècle. Celui-ci infecte uniquement la bactérie Escherichia coli. Des virus similaires seraient donc sans danger pour les hommes, les animaux et les plantes. Une fois familiarisé avec le génome de Phi X-174, Evo a généré 700.000 alternatives potentielles. Les scientifiques ont retenu celles qui avaient les meilleures chances de succès. Au total, après avoir inséré l’ADN dans des bactéries, seize génomes d’Evo ont produit de nouveaux virus viables.
Entre avancée médicale et questions éthiques
«Ce ne sont pas simplement des versions affaiblies des souches existantes», souligne Oliver Crook, chimiste à l’université d’Oxford, en Angleterre. Les nouveaux virus restent toutefois très proches de ceux qui existaient déjà.
Cette innovation ouvre les perspectives. Les virus sont déjà largement utilisés dans la biotech, pour l’acheminement de gènes vers les cellules. Si une IA parvient à concevoir des versions optimisées, elle pourrait accélérer le développement de nouveaux traitements ou vaccins. Mais cette avancée soulève aussi des inquiétudes. Si un modèle est capable de concevoir des virus inoffensifs, pourrait-il également imaginer des agents pathogènes plus dangereux?
Les auteurs de l’étude affirment avoir anticipé ce risque. Ils ont volontairement exclu de l’entraînement d’Evo les virus infectant la faune ou la flore. «Nous voulions faire preuve d’une prudence extrême», explique Brian Hie, biologiste et coauteur de l’étude. Une précaution qui repose aujourd’hui sur la seule responsabilité des chercheurs.
Certains États commencent cependant à encadrer les recherches en sciences de la vie, en particulier celles susceptibles de rendre des agents biologiques plus nocifs. Les modèles d’IA, eux, échappent encore largement à ces dispositifs.
Slate / Provinces26rdc.com
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