Mondial 2026 : Haïti défie le Brésil, l’heure de ranger la fascination au vestiaire

À Philadelphie, à 0h30 TU dans la nuit du vendredi à samedi, Haïti retrouve son éternelle équipe de cœur, le Brésil, pour une affiche historique en Coupe du monde. Pour espérer bousculer Vinicius et ses amis lors de cette deuxième journée du groupe C, les Grenadiers devront dompter leurs émotions, ranger la vénération au vestiaire et regarder la Seleção droit dans les yeux.

Pour toute une génération de jeunes Haïtiens, le jaune du Brésil est plus qu’un maillot. Il représente le beau jeu, l’équipe qui fait rêver et qu’on regardait dans les maisons, entassés devant la télé. Vendredi à 20h30 heure locale, à Philadelphie, cette équipe-là sera l’adversaire, après avoir été pendant longtemps l’équipe admirée.

Carlens Arcus connaît mieux que quiconque cette tension intérieure. L’arrière droit des Grenadiers a passé une année de formation au Brésil. Quand le tirage au sort a livré ce duel, il a replongé aussitôt dans ses souvenirs de Port-au-Prince. « Brésil, je pense qu’on est le premier pays à les aimer, vraiment plus que les Brésiliens même. Tellement, je me souviens à la maison en Haïti, ça se bagarrait pour regarder des matchs du Brésil, surtout quand c’était contre l’Argentine, tellement on était vraiment fans. Donc de jouer dans une Coupe du monde contre eux, c’est incroyable. »

Match incroyable, mais joué d’avance ? Car l’histoire commune ne plaide pas en faveur des Haïtiens : trois confrontations, trois gifles. Une en Copa América (7-1), deux en amical (6-0, 4-0). Dix-sept buts encaissés, un seul marqué. La Seleção n’a jamais vraiment laissé le temps aux Grenadiers de rêver.

La presse brésilienne se préoccupe peu d’Haïti

Cette fois, pourtant, le contexte offre une brèche. Le Brésil a déjà perdu deux points face au Maroc et il est déjà sous pression. Pour autant, la presse locale ne tremble pas et ne regarde Haïti que du coin de l’œil. Sur la vingtaine de questions posées au défenseur d’Arsenal Gabriel en conférence de presse, à la veille du match, une seule concernait l’adversaire du soir. Le Brésilien a tout de même pris soin de rappeler que la rencontre « ne sera pas un match facile ». Carlo Ancelotti, lui, a insisté sur le sérieux du rendez-vous, décrivant Haïti comme « une équipe bien organisée, avec un bloc compact » et rappelant « qu’il fallait respecter toutes les équipes ».

Respect, le mot est presque viscéral lorsqu’on parle du Brésil dans le vestiaire haïtien. Sébastien Migné, le sélectionneur français des Grenadiers, le sait : dans son vestiaire, un certain numéro 7 auriverde n’est pas un joueur comme un autre. « Beaucoup de mes joueurs sont des admirateurs du Brésilien Vinicius. Ils le vénèrent, et là ils vont être confrontés à ce type de joueur. À eux de se sublimer, de repousser leurs limites. On a tout à gagner. Le graal nous est servi sur un plateau », insiste-t-il.

Bellegarde : « Un jour de guerre »

Ce tiraillement est bien au-delà du vestiaire. Marie Sophony Louis, ancienne joueuse de foot, aujourd’hui entraîneuse et journaliste, réfugiée loin de son île, résume en quelques phrases une relation vieille de plusieurs décennies. « Le Brésil représente beaucoup pour les Haïtiens, c’est l’équipe qu’ils ont toujours supportée. Une sorte d’équipe nationale de substitution, parce qu’on ne se qualifiait jamais à la Coupe du monde. Mais là, la plupart des Haïtiens sont pour les Grenadiers car on aimerait voir Haïti créer la surprise contre le Brésil. » Elle sourit en reconnaissant que, au pays, « beaucoup d’Haïtiens préféreraient un match nul » entre leurs deux équipes de cœur.

Jean-Ricner Bellegarde, attaquant des Grenadiers, lui, sent monter la fièvre depuis des jours. « Il y a beaucoup de hype parce que c’est le Brésil, tout le monde connaît. Mes frères disent que c’est un jour de guerre, donc ils sont contents, ils sont excités. »

Les Grenadiers compteront sur l’efficacité de l’attaquant de Wolverhampton pour surprendre la défense brésilienne après avoir échouer à percer le mur écossais lors du premier match. Il ne faudra pas faire dans les sentiments. « On sait que beaucoup d’Haïtiens aiment bien le Brésil, mais nous, on est là pour jouer un match de football, un match de Coupe du monde. On est compétiteur, on va tout donner sur le terrain, on va essayer de faire un bon match », promet Bellegarde.

 


RFI / Provinces26rdc.com

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