La Commission épiscopale nationale du Congo (CENCO) se prononce samedi sur les tensions actuelles autour du changement ou de la révision constitutionnelle. L’épiscopat veut garder son rôle de l’église au milieu du village. Avant de trancher, elle a ouvert une session extraordinaire le jeudi 18 juin à Kinshasa et clôturera les travaux le samedi 20, après l’audition de l’opposition et de la majorité.
Le porte-parole de la Commission épiscopale nationale du Congo, Donatien Nshole, a planté le décor ce jeudi 18 juin. « Cette assemblée plénière extraordinaire, qui débute aujourd’hui, a été convoquée à la suite de la tension croissante observée dans le pays. Cette tension est née de la campagne lancée par la majorité au pouvoir en faveur d’un changement de la Constitution », a-t-il fixé.
La démarche n’est pas improvisée. « Cependant, bien avant cela, il y a plus d’une année, lorsque les premières rumeurs de révision constitutionnelle ont commencé à circuler, les évêques avaient déjà exprimé le souhait d’organiser une session de formation approfondie afin de mieux comprendre la question et de pouvoir prendre position en toute connaissance de cause. Les évêques revendiquent la prudence contre la précipitation. Ils veulent juger en connaissance, non en réaction », a-t-il ajouté.
Trois temps pour une parole pesée
Le format de l’assemblée est méthodique. « Concrètement, cette assemblée plénière comportera trois temps forts. D’abord, les évêques écouteront des spécialistes apolitiques. Des professeurs d’université leur présenteront les fondamentaux des constitutions. Un historien, le professeur Didier Mumengi, exposera l’histoire des Constitutions de notre pays, leur genèse ainsi que les circonstances de leur disparition. L’Église commence par la mémoire du texte, pour éviter les débats à vide ».
Le socle juridique vient ensuite. « Le professeur Mampuya interviendra également pour éclairer les évêques sur les options fondamentales consacrées par la Constitution actuellement en vigueur ». Comprendre ce qui existe avant de juger ce qu’on veut changer. La CENCO pose les garde-fous intellectuels avant d’entrer dans l’arène politique.
Le deuxième temps est l’audition des acteurs. « Après les exposés de spécialistes apolitiques, les évêques écouteront ensuite les arguments de différentes sensibilités politiques. Le professeur Jean-Claude Tshilumbayi, représentant la majorité, ainsi que Delly Sesanga, délégué de l’opposition, présenteront chacun les raisons qui fondent leur position actuelle sur cette question ». Le face-à-face est organisé et encadré.
Le troisième temps sera celui du discernement. « Enfin, au cours du troisième moment, les évêques se retireront pour réfléchir entre eux et dégager l’orientation pastorale qu’ils jugeront la plus appropriée pour le bien du pays. Leur seule préoccupation est le bien de la nation. Ils reconnaissent d’ailleurs qu’ils ne sont pas des spécialistes du droit constitutionnel ».
La date du samedi 20 juin pourrait peser dans la classe politique congolaise. Le « verdict » attendu n’aura pas force de loi, mais force de conscience. Dans l’imaginaire collectif, la CENCO a déjà pesé dans les processus de 2016 et 2023. Sa voix oblige, dérange, parfois réconcilie. Les politiques le savent : après les professeurs, après les porte-parole, ce seront les évêques qui fixeront la boussole morale du débat.
Ouragan / Provinces26rdc.com
Laisser un commentaire