RDC : Epenge à Makala, Tshisekedi et les opposants à couteaux tirés

De son interpellation à N’djili à son incarcération à la prison centrale de Makala, l’affaire Prince Epenge cristallise la tension entre le pouvoir et l’opposition. C’est un nouveau tournant dans l’affaire qui agite la classe politique congolaise depuis une semaine.

Prince Epenge Wemakoko, président de l’ADD Congo, porte-parole de Lamuka et membre de la Coalition C-64, a été transféré samedi à la prison centrale de Makala.

De Rome manquée à Makala

Tout commence le dimanche 25 octobre à l’aéroport international de N’djili. Alors qu’il s’apprête à embarquer pour Rome où doit se tenir le conclave de l’opposition (C-64), Prince Epenge est interpellé par la DGM.

Son passeport confisqué, il disparaît des radars pendant 48 heures avant d’être localisé au Conseil national de cyberdéfense (CNC).

Le Parquet près le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe le place ensuite sous mandat d’arrêt provisoire pour « propagation de faux bruits ».

Au cœur du dossier : la mort de Manassé Lomboto, 25 ans, responsable de la sécurité de l’ADD Congo.

Pour Epenge, Lomboto a été assassiné suite aux violences du 15 septembre lors de la marche de l’opposition devant le siège de l’UDPS à Limete. Une version que le pouvoir conteste.

Présenté vendredi en chambre du conseil, sa demande de liberté provisoire a été rejetée. Le lendemain, sans notification préalable à ses avocats selon Me Clément Muza, il est conduit à Makala, le plus grand centre pénitentiaire du pays, pourtant officiellement fermé aux nouvelles admissions pour surpopulation.

Dans la foulée, son conseil Me Nico Mayengele est lui-même interpellé pour avoir filmé l’arrivée du convoi à Makala. Téléphones confisqués, il sera relâché quelques heures plus tard.

Lamuka dénonce une « prise en otage »

La réaction de la coalition Lamuka est immédiate. Dans un communiqué, elle dénonce une « arrestation arbitraire et une prise en otage politique visant à museler l’opposition ».

Son secrétaire général, Devos Kitoko, avait prévenu : « Nous allons nous radicaliser si quelqu’un ose transférer injustement Prince Epenge à Makala ».

Après le transfert, il parle d’une « insulte au combat pour la démocratie en RDC » et estime que « ce précédent grave risque de conforter l’idée que la prise des armes serait la seule voie pour se faire respecter ».

Même son de cloche chez Martin Fayulu. Sur son compte X, le leader de l’ECiDé s’indigne :

« Alors que la prison centrale de Makala, déjà surpeuplée, n’accueille plus de nouveaux détenus, les tyrans de Kinshasa s’acharnent sur Prince Epenge en l’envoyant dans ce mouroir. Il n’a pas sa place à Makala ! Libérez-le immédiatement ! »

Il exige une enquête « indépendante, impartiale et approfondie » sur la mort de Lomboto, qu’il attribue à la « Force du progrès », qu’il qualifie de milice de l’UDPS.

Tshisekedi depuis Moscou : « Viens expliquer tes mensonges »

C’est depuis Moscou que le Président Félix-Antoine Tshisekedi a choisi de répondre. Devant la diaspora congolaise samedi, en marge de son séjour pour le sommet Russie-Afrique, le Chef de l’Etat a balayé les accusations de dérive autoritaire.

« Faut-il donc comprendre que le fait d’être opposant donne le droit de mentir et d’insulter librement ? Et que, lorsqu’on vous demande de rendre des comptes, vous pouvez simplement vous réfugier derrière votre statut d’opposant ? », a-t-il lancé.

Sur le cas Lomboto, il oppose une tout autre version : le jeune militant serait mort de maladie, et non des suites de violences.

« Aucune manifestation organisée au Congo [sous mon mandat, Ndlr] n’a, jusqu’à présent, entraîné de décès. Pourtant, ils ont voulu faire croire que ce jeune compatriote avait perdu la vie lors de l’une de ces manifestations, alors qu’il est décédé des suites de sa maladie ».

Et de s’adresser directement à Epenge :

« Pourquoi veux-tu aller en Europe ? Viens expliquer tes mensonges ».

Fayulu et Kabund recadrent le Président

La sortie présidentielle a mis le feu aux réseaux. Martin Fayulu réplique frontalement dimanche sur X :

« Que le pouvoir de Kinshasa l’entende clairement : Manassé Lomboto est mort des suites de l’agression du 15 septembre. Aucune intimidation ne fera taire la vérité ! »

Jean-Marc Kabund, président de l’Alliance pour le Changement, se dit « profondément déçu » par l’attitude du Président et l’accuse de s’immiscer dans une affaire judiciaire.

« En vous exprimant publiquement sur une affaire qui relève désormais de l’appréciation des juges, vous prenez le risque de transformer vos déclarations en une véritable injonction politique adressée aux magistrats », écrit-il.

Kabund va plus loin et se pose en témoin:  « J’ai vu de mes propres yeux Manassé Lomboto participer à cette marche. Je l’ai aperçu quelques minutes seulement avant l’attaque à la machette dont nous avons été victimes devant le siège de l’UDPS. Je suis prêt à témoigner ».

À ce stade, aucune pièce médicale n’a été rendue publique par l’une ou l’autre partie. Le corps de Manassé Lomboto est toujours conservé à la morgue de l’hôpital du Cinquantenaire, en attente de l’autopsie.

En attendant, Prince Epenge reste à Makala. Et le fossé entre le pouvoir et l’opposition, plus béant que jamais.

 


DAYSNEWS RDC/Provinces26rdc.com

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