RDC-Katumbi contre la C64 : les divisions de l’opposition s’intensifient avant le dialogue

Le report des marches annoncées par la Coalition Article 64 (C64) et l’Union sacrée de la nation (USN) a permis d’éviter une nouvelle confrontation dans la capitale congolaise. Mais derrière cette accalmie, les lignes de fracture au sein de l’opposition apparaissent au grand jour. Entre divergences sur la stratégie à adopter, critiques croisées et désaccords autour du dialogue national inclusif annoncé par Félix Tshisekedi, l’opposition peine à afficher une position commune. Alors que les consultations politiques se profilent, les tensions entre ses différentes composantes soulèvent déjà des interrogations sur sa capacité à parler d’une seule voix. À titre illustratif, des voix proches du camp Katumbi critiquent le choix de la C64 de reporter la marche, révélant les premières fissures d’un front qui entend pourtant peser dans le débat national.

La C64 qui regroupe notamment Martin Fayulu de l’ECiDé, Jean-Marc Kabund de l’Alliance pour le changement, Moïse Katumbi d’Ensemble pour la République, Augustin Matata Ponyo du LGD et Delly Sesanga de l’Envol, a décidé de reporter la marche prévue mercredi 22 juillet devant le Palais de la Nation.

Dans un communiqué signé à Kinshasa lundi 20 juillet, les cinq leaders de la coalition expliquent que cette décision a été prise après les réunions de la Conférence des présidents tenues les samedi 18 et lundi 20 juillet. La C64 présente ce report comme un « geste de responsabilité », tout en affirmant qu’il ne constitue ni un recul politique ni un abandon de son combat.

La coalition maintient sa ligne de contestation contre toute modification de la Constitution et rappelle son attachement aux dispositions des articles 70 et 220, qui limitent à deux le nombre de mandats présidentiels.

« geste de responsabilité »

« Les marcheurs des réseaux sociaux. Les révolutionnaires de WhatsApp »

Mais cette décision n’a pas fait l’unanimité au sein de l’opposition. Une partie des acteurs proches de Moïse Katumbi a rapidement exprimé son désaccord avec ce report, accusant certains dirigeants de la C64 de manquer de cohérence dans leur démarche politique.

Me Hervé Diakese, porte-parole du parti Ensemble pour la République, a ouvertement critiqué ceux qu’il considère comme des opposants éloignés des réalités du terrain. Dans une sortie médiatique remarquée, il a qualifié certains acteurs engagés dans la mobilisation de « héros des manifestations virtuelles ».

Selon lui, certains leaders qui appellent à la rue depuis l’étranger ne seraient pas prêts à participer eux-mêmes aux actions annoncées sur le terrain.

« Les marcheurs des réseaux sociaux. Les révolutionnaires de WhatsApp », a-t-il lancé, dénonçant ceux qui s’expriment depuis l’étranger « comme s’ils allaient eux-mêmes descendre dans la rue en cas de maintien de la marche ».

Le porte-parole d’Ensemble pour la République les a également invités à organiser eux-mêmes leurs propres manifestations.

Cette sortie illustre les difficultés persistantes de l’opposition congolaise à afficher une position commune sur les grandes questions politiques du moment, notamment la stratégie à adopter face au pouvoir en place et au dialogue national annoncé.

Un dialogue déjà confronté aux divisions

Le président Félix Tshisekedi, qui a annoncé l’ouverture prochaine d’un dialogue national inclusif, espère réunir les différentes forces politiques et sociales autour des enjeux majeurs du pays. Mais les fractures apparues au sein de l’opposition pourraient compliquer les conditions de cette concertation.

Avant même le début des discussions, les différentes composantes de l’opposition semblent diverger sur la méthode, les priorités et le rapport à entretenir avec les institutions.

Pour certains observateurs, cette absence d’un front commun pourrait affaiblir la capacité de l’opposition à peser collectivement dans les négociations à venir.

La C64 assure toutefois maintenir la pression. Dans son communiqué, elle fixe une échéance au 15 août 2026. Si le dialogue national inclusif n’est pas officiellement convoqué à cette date ou si les engagements annoncés restent sans suite concrète, la coalition affirme qu’elle pourrait reprendre ses actions citoyennes pacifiques.

Elle indique également maintenir ses structures, en RDC comme dans la diaspora, en « état de mobilisation et d’alerte maximale ».

L’USN reporte également sa mobilisation

De son côté, l’Union sacrée de la nation (USN), plateforme soutenant le président Félix Tshisekedi, a également décidé de reporter sa marche prévue le 22 juillet. L’annonce a été faite par André Mbata, qui précise que cette mobilisation sera organisée ultérieurement.

Le double report des marches évite pour l’instant une confrontation dans la capitale congolaise. Mais il met surtout en lumière un paysage politique marqué par des repositionnements et des tensions internes.

À l’approche du dialogue national, le défi pour les différents acteurs politiques sera désormais de parvenir à dépasser les rivalités stratégiques afin de présenter des positions clairement définies. Pour l’opposition en particulier, la première bataille semble déjà se jouer en son sein : celle de l’unité.


LePotentiel / Provinces26rdc.com

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