L’opposition congolaise tient son nouveau sujet de moquerie. À quelques jours de la marche du 22 juillet, André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée, se retrouve isolé et tourné en dérision. La faute à son appel à la mobilisation, publiquement contredit par le principal parti de son propre camp politique.
Le haut cadre de la plateforme présidentielle a ordonné aux 900 partis et associations membres de l’USN de descendre dans la rue le même jour que la coalition C64. Pour André Mbata, il s’agit de contrer ceux qui veulent « faire un coup d’État contre la nation en déniant au peuple souverain le droit d’exercer sa souveraineté ». Un ton martial qui n’a toutefois pas produit l’effet souhaité.
Car deux ou trois heures plus tard, Augustin Kabuya a éteint l’incendie. Le président intérimaire du parti présidentiel a demandé aux militants de rester chez eux. « Il n’y a aucune marche prévue à cette date et il ne faut pas emprunter les itinéraires qui seront utilisés par l’opposition lors de sa marche. Nous ne pouvons pas tomber dans ce piège. Il n’y a aucune marche prévue à cette date. Nous invitons les membres du parti à se consacrer à leurs activités respectives ». C’est dans cette brèche que l’opposition s’est engouffrée pour railler le constitutionnaliste. Pour Mike Mukebayi, cadre Ensemble de Kinshasa, Mbata incarne désormais l’impuissance d’un pouvoir qui crie fort mais ne sait plus où il va. Et la moquerie devient l’arme principale.
Le camp adverse profite des divisions au sein du pouvoir
Alors que la majorité affiche publiquement ses désaccords, l’opposition n’a presque plus besoin de faire beaucoup d’efforts pour s’attirer la sympathie de l’opinion. Elle observe, critique et exploite les tensions au sein de l’Union sacrée. Les divergences publiques entre Mbata et Kabuya, les messages contradictoires et les querelles internes, deviennent des arguments pour montrer aux Congolais la fragilité du régime.
L’opposition avance ses pions. Désormais, elle veut se présenter progressivement aux yeux des Congolais, comme l’alternative crédible d’un pouvoir au crépuscule prêt à chavirer. « En clair, la guerre de clochers entre les deux pires ennemis nourrit bien l’opposition. La majorité offre à ses adversaires un argument de taille : celui d’un pouvoir qui peine à rester uni pour faire face à ses opposants », analyse un observateur de la scène politique congolaise.
Cadre de la coalition C64, Marley Vuvu affirme que l’annonce d’André Mbata conforte la position de sa famille politique. L’opposant estime que cette initiative rappelle les épisodes de violences passés et assure que la C64 maintient son appel à la mobilisation.
Rien d’étonnant, ils avaient déjà annoncé qu’ils allaient tuer les Congolais, comme lors du sit-in du 12 juin dernier. Leurs ministres, Tshela et Mbemba, se moquent des Congolais morts et blessés par leur milice, la Force du Progrès. Heureusement, les Congolais sont prêts à mourir plutôt que de laisser Tshisekedi faire un troisième mandat et changer la Constitution. Rendez-vous devant le Palais de la Nation pour mettre fin à la tyrannie, la démission de Tshisekedi exigée.
Fervent critique du régime Udps, Mike Mukebayi va plus loin. De sa conviction personnelle, André Mbata incarne désormais un responsable politique en perte d’influence et de crédibilité au sein de la majorité. « Un secrétaire permanent de l’Union sacrée sans pouvoir. Son initiative de consultations pour changer la Constitution a été étouffée dans l’œuf. Voilà Kabuya qui saborde son appel à marcher le 22 juillet, le même jour que la C64. Il ne reste à André Mbata que de rendre le tablier », a-t-il tancé le professeur de Droit, auteur d’un rétropédalage spectaculaire dans le débat constitutionnel.
Avec un ton ironique, Marie-Ange Mushobekwa, cadre du Front commun pour le Congo (FCC), a éprouvé un sentiment de pitié à l’égard du secrétaire permanent de l’Union sacrée, perdu dans les vagues internes de sa plateforme. À Mbata dont les propos sont considérés comme une foucade, elle redit son opposition farouche au projet de changement ou de révision de la Constitution.
La sagesse recommande que l’on ne prenne pas de grandes décisions sous l’effet de la boisson, comme sur l’image ci-contre. L’alcool, à fortes doses, altère le jugement humain et conduit certaines personnes à ne pas mesurer les conséquences de leurs paroles ainsi que de leurs actes. Ainsi, pour la sécurité de nous tous, je suggère au CSAC d’imposer un test d’alcoolémie à tous les principaux acteurs politiques avant de prendre la parole dans les médias en cette période de fortes turbulences politiques causées par la mauvaise gouvernance de l’Union sacrée qui a tout désacralisé. Quoi qu’il fasse ou dise, nous allons continuer à nous opposer à tout changement de la Constitution. Nous le ferons sans armes et sans alcool !.
Une autorité contestée jusque dans sa maison
Le problème de Mbata, c’est le bras d’honneur que les autres le pointent dans sa propre maison. Le porte-parole de l’USN s’est vu contredit plusieurs fois par le chef du parti présidentiel. Il tente de recadrer Kabuya mais sa parole ne pèse plus. Le mal est fait. L’image qui reste de Mbata est celle d’une icône méprisée. L’opposition s’en sert pour crier que l’USN est une coquille vide, incapable de répondre à la contestation prévue devant le Palais de la Nation.
Le passé qui explique le présent
Cette humiliation publique réveille de vieux démons. En 2024 déjà, Mbata et Kabuya s’étaient affrontés au sujet du Sankuru. Le premier avait soutenu Jules Lodi Emongo contre le candidat du second. Et Mbata l’avait emporté. Une courte joie. Depuis lors, Kabuya le désacralise.
Voilà pourquoi en pleine matinée politique, il avait interdit aux cadres de l’UDPS de verser leurs cotisations à Mbata. « Je suis le seul habilité à les recevoir », avait-il lancé. Une manière de le rabaisser.
Aujourd’hui, l’opposition utilise bien ce cliché pour montrer à l’opinion la cacophonie qui règne au sein du régime. « Se moquer de Mbata, c’est donc remonter à la surface les rivalités qui minent l’Union sacrée à deux ans de la fin du mandat de Félix Tshisekedi », s’égosille un ténor de l’opposition. Dans ce contexte de déchirement des pro-Tshisekedi, la coalition C64 affirme maintenir sa mobilisation du 22 juillet, convaincue que le pouvoir tangue déjà, se flattant, au passage, de proclamer que sa stratégie politique a payé.
Ouragan / Provinces26rdc.com
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