La menace du vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, d’infliger une peine de 1 à 5 ans de prison aux responsables de la Coalition des forces politiques et sociales (C64) qui se rendraient à Goma pour rencontrer l’ancien président Joseph Kabila suscite une vive réaction au sein de cette plateforme. Matthieu Luboya, proche de Jean-Marc Kabund et signataire de la déclaration du 19 mai ayant donné naissance à la C64, dénonce ce qu’il considère comme une contradiction dans la position du gouvernement congolais sur la recherche de la paix.
Dans sa réaction, Luboya commence par clarifier les positions de la C64, qu’il présente comme opposée à la prise du pouvoir par les armes, à toute modification anticonstitutionnelle de la Constitution ainsi qu’aux agressions étrangères contre la RDC. Il rappelle notamment que la coalition condamne le Rwanda et l’Ouganda et soutient l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies.
Pour lui, la démarche envisagée par la C64 ne relève nullement d’une quelconque connivence avec une puissance étrangère ou un mouvement rebelle, contrairement aux insinuations qu’il attribue à l’interprétation de l’article 192 du Code pénal par le patron de l’Intérieur.
« Négocier ne signifie pas capituler »
Matthieu Luboya justifie la démarche de sa plateforme par les limites des précédents processus de Nairobi et de Luanda, qui n’avaient pas permis de mettre fin aux hostilités. Il souligne que le gouvernement congolais avait lui-même engagé des discussions avec plusieurs groupes armés à Nairobi, avant de refuser, à l’époque, un dialogue direct avec le M23.
Il relève dès lors une évolution de la position officielle avec les négociations de Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23, dont l’Accord de Washington prend acte.
« Pourquoi ce qui était hier considéré comme inacceptable à Nairobi et à Luanda devient-il aujourd’hui une composante des négociations de Doha ? », s’interroge-t-il, avant de rappeler qu’« une paix peut être obtenue par une victoire militaire ou par la négociation ».
Pour le cadre de la C64, lorsque la voie militaire ne permet pas de mettre fin à la guerre, la négociation devient une nécessité politique.
« Négocier ne signifie pas capituler. Cela signifie rechercher un compromis politique permettant de mettre fin aux hostilités et de sauver des vies », insiste-t-il.
La C64 revendique une démarche patriotique
Au-delà du conflit entre Kinshasa et l’AFC/M23, Luboya estime que la crise congolaise comporte d’autres dimensions qui ne sont pas suffisamment prises en compte dans les négociations de Doha. Il rappelle l’existence de nombreux autres groupes armés et s’interroge sur le cadre destiné à traiter leurs revendications et leurs activités.
C’est dans cette perspective qu’il défend la nécessité d’un dialogue national inclusif, estimant qu’« on ne peut donc pas réduire la recherche de la paix en RDC à un seul processus, aussi important soit-il ».
Il soulève également une différence de traitement entre les initiatives politiques et religieuses. Selon lui, des responsables religieux ayant entrepris des démarches et des prises de contact dans la recherche de la paix n’ont pas fait l’objet de menaces pénales comparables.
« Pourquoi ce qui peut être considéré comme une démarche de recherche de la paix lorsqu’il s’agit des responsables religieux deviendrait-il une menace pénale lorsqu’il s’agit des acteurs politiques ? », questionne-t-il.
En conclusion, Matthieu Luboya appelle le gouvernement à assumer pleinement la voie politique et à ne pas décourager les initiatives susceptibles de contribuer à la résolution de la crise.
« La paix ne doit pas être un slogan diplomatique. Elle doit devenir une responsabilité politique partagée », conclut-il, réaffirmant que la C64 entend inscrire sa démarche dans la recherche d’une solution pacifique et durable à la crise congolaise.
Yabiso News / Provinces26rdc.com
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