Il y a quelques jours, le gouvernement Ilunga Ilunkamba fêtait sa première année d’existence sans tambour ni trompette dans un climat fortement assombri entre les deux partenaires de la coalition, livrées à des empoignades depuis plusieurs mois.
Pour ne pas changer c’est encore une question de textes, de procédures et bien sûr de la Constitution. cette fois c’est le dossier « prestation de serment des juges récemment nommés » qui pose problème. Du côté du FCC, on tient au respect des textes; les présidents des deux chambres déplorent les manoeuvres anticonstitutionnelles des ordonnances de nomination de ces juges et refusent de convoquer la plénière au cours de laquelle les magistrats seront présentés à la nation.
Dans le camp présidentiel, l’heure est au passage en force pourvu que cette Cour constitutionnelle réputée désormais proche de Félix Tshisekedi se mette rapidement au travail et les stratégies se peaufinent pour imposer cette mise en place controversée.
Pour plusieurs analystes, ce qui pointe au bout du tunnel est une crise politique majeure qui risque de porter un coup fatal à la coalition FCC CACH. Pierre Kanda, observe que le chef de l’État devrait se montrer flexible et respectueux des textes. « On ne corrige pas une faute de ce niveau par un passage en force, c’est de la dictature », insiste-t-il.
Par un communiqué du 16 octobre 2020, le panel des experts de la société civile est monté au créneau en affirmant « qu’entrevoir une telle cérémonie en dehors du cadre légalement établi consacrerait une irrégularité motivée probablement par la volonté et l’esprit de confrontation dans la conduite des affaires publiques au sommet de l’État »
Ce panel insiste « à moins de trois ans des échéances électorales de 2023, il apparaît suspect la démarche tendant à créer la crise qui affecterait gravement la Cour Constitutionnelle où siège non seulement le juge du contentieux électoral de la Présidentielle et des législatives nationales mais aussi le juge pénal du chef de l’Etat ».
Il est clair que les Congolais attendent une attitude responsable du premier parmi eux qui, il y a encore quelques jours avait montré qu’il pouvait rétropédaler comme dans le dossier Minembwe. Il lui faudra, dans cette logique, dribler son entourage devenu gourmand et embourbé dans un schéma dictatorial d’une époque que le peuple croyait révolue.
Prestations de serment des nouveaux juges constitutionnels : Kikaya invite Félix Tshisekedi à privilégier les bonnes relations entre les institutions

Barnabé Kikaya, l’ancien conseiller diplomatique de l’ancien président Joseph Kabila, invite le nouveau Chef de l’État, Felix Tshisekedi, au respect des textes de loi dans le débat relatif à l’investiture des nouveaux juges constitutionnels.
Dans un article publié sur son blog, Barnabé Kikaya rappelle à Felix Tshisekedi que les Présidents des deux chambres du parlement demeurent les principaux animateurs des institutions du pays et que le chef de l’État se doit, par conséquent, de privilégier les bonnes relations pour le meilleur exercice de son mandat.
Pour lui, il serait dès lors « impensable pour une Insitution respectable qu’est le Président de la République de considérer qu’elle peut se passer du Bureau de la Chambre Basse et/ou du Bureau de la Chambre Haute pour une cérémonie de si haute portée solennelle qu’est l’investiture des juges de la Haute Cour »
« la cérémonie de prestation du serment requiert nécessairement « la présence et la participation au côté du Président de la République des deux chambres du Parlement et du Bureau du CSM » car cela donne du poids politique à cette institution et notamment lors des élections. « Il [Felix Tshisekedi] devrait se demander, comme nous aussi, ce qu’il adviendrait du contentieux électoral, si une partie venait à disqualifier la Cour constitutionnelle pour investiture non conforme à la loi ! » Et que, par ailleurs, même l’Assemblée nationale et le Sénat sont des « institutions qui fonctionnent sur base de règlements intérieurs respectifs approuvés par la Cour Constitutionnelle », affirme-t-il.
Comme Kabila, Tshisekedi se doit de respecter les lois du pays

Ne brandissant toutefois pas de menace de destitution à l’égard du président de la République car il considère cela comme « calamiteux pour le Congo et nullement productif pour le pays » – d’autant que cela ne rentrerait pas dans « le schéma » de coalition voulu Joseph Kabila, Barnabé Kikaya rappelle cependant au chef de l’Etat qu’il a le devoir de respecter les règles de droit comme Kabila l’a fait à son égard; lui qui fut le premier des chefs d’État congolais depuis 1960 à avoir respecté la Constitution en effectuant « une passation civilisée du pouvoir avec son prédécesseur issu de l’Opposition […] C’est un acquis dont tout Congolais se doit d’être fier. »
« La postérité va devoir retenir de Joseph Kabila qu’il est le premier des chefs d’Etat congolais depuis 1960 à effectuer une passation civilisée du pouvoir avec son prédécesseur issu de l’Opposition. Elle va en plus retenir que Félix Tshisekedi est le premier des chefs d’État congolais depuis 1960 à battre le dauphin du Président de la République sortant. […] Tout ce qui peut être demandé à Félix Tshisekedi, c’est de garder ce sens puisqu’il l’a déjà. […] puisque le monde entier le regarde : ou il respecte, ou il ne respecte pas les lois du pays. De son pays. »
Enfin, l’ancien conseiller diplomatique de Kabila invite « Les juristes du cabinet et les juges de la Haute Cour qui conseillent le Président de la République à réfléchir sérieusement » à ce qui est le droit. Et fustige le fait que certains de ses collaborateurs « parmi les plus zélés, et dont le parcours n’est pas traçable dans la lutte de l’UDPS » qui passent « leur temps à se mêler du débat politique normal entre citoyens, allant jusqu’à s’attaquer aux animateurs des institutions sans lesquelles le chef de l’État ne saura même pas exercer ses prérogatives » au lieu d’être « sincères et honnêtes dans les avis » qu’ils donnent au chef de l’Etat au sujet de cette cérémonie d’investiture.
Congo Politis /MCP /provinces26rdc.net
Laisser un commentaire