L’organisation internationale de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) estime que les nouvelles sanctions américaines visant le ministère rwandais de la Défense et l’institution financière Zigama Credit and Savings Society doivent être accompagnées de mesures concrètes pour mettre fin aux exactions commises dans l’est de la République démocratique du Congo.
Dans une réaction publiée ce vendredi 30 octobre 2026, l’organisation souligne que les sanctions économiques, à elles seules, ne suffiront pas à garantir la protection des populations civiles.
Cette réaction intervient deux jours après l’annonce, le 28 octobre, de nouvelles mesures restrictives par le Département du Trésor américain. Washington a inscrit sur sa liste de sanctions le ministère rwandais de la Défense ainsi que Zigama Credit and Savings Society, accusée d’avoir facilité des opérations financières au profit de l’armée rwandaise et du Mouvement du 23 mars (M23). Les mesures prévoient notamment le gel des avoirs et intérêts détenus aux États-Unis par les entités visées ainsi que des restrictions sur les transactions relevant de la juridiction américaine.
Dans son analyse, Human Rights Watch rappelle que des milliers de soldats rwandais ont combattu aux côtés du M23 dans l’est de la RDC depuis la résurgence de ce mouvement armé à la fin de 2021. L’organisation souligne également que l’armée rwandaise lui aurait apporté un important soutien matériel et logistique.
S’agissant des violations des droits humains, HRW énumère plusieurs exactions attribuées au M23 dans les zones sous son contrôle, notamment les exécutions extrajudiciaires, les violences sexuelles, les recrutements forcés, le travail forcé, les détentions illégales, les déplacements forcés de populations ainsi que les actes de torture et autres violences physiques.
L’organisation revient également sur les accusations du Trésor américain concernant le rôle de Zigama Credit and Savings Society dans le circuit financier lié au conflit. Selon les autorités américaines, une succursale de cette institution aurait facilité le transport vers Kigali de l’or provenant des territoires contrôlés par le M23 dans l’est congolais. Elle aurait aussi facilité des transactions financières au profit du mouvement armé et de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars.
Human Rights Watch relève par ailleurs que ces nouvelles sanctions vont au-delà des mesures américaines prises en mars 2026 contre les Forces de défense rwandaises (RDF) et certains hauts responsables militaires. Cette fois, Washington cible directement le ministère rwandais de la Défense, l’institution chargée de superviser les opérations militaires et les structures sécuritaires du pays.
L’organisation établit également un lien entre ces sanctions et l’évolution récente du paysage politico-militaire congolais, notamment la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), une coalition politico-militaire annoncée par l’ancien président Joseph Kabila et comprenant le M23. Elle rappelle que Washington avait déjà sanctionné l’ancien chef de l’État congolais en avril 2026 pour son soutien présumé à des groupes armés.
Au-delà des mesures visant Kigali, Human Rights Watch insiste sur la responsabilité des autorités congolaises dans la lutte contre les violations des droits humains. L’organisation indique que les Nations unies ont identifié le M23 comme le principal auteur des violations documentées en 2025, tandis que l’armée congolaise occupait la deuxième position.
Dans cette perspective, HRW appelle les États-Unis et les autres gouvernements à exercer également des pressions sur Kinshasa afin que les membres des forces congolaises impliqués dans des exactions fassent l’objet d’enquêtes et de poursuites judiciaires. Elle demande aussi aux autorités congolaises de veiller au respect du droit international humanitaire par leurs forces et de mettre fin à tout soutien aux groupes armés responsables d’abus.
Pour Human Rights Watch, la protection des populations civiles et la lutte contre l’impunité doivent occuper une place centrale dans les négociations destinées à ramener la paix dans l’est de la République démocratique du Congo.
Opinion Info / Provinces26rdc.com
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