Soudan : L’armée a annoncé l’arrestation du président Omar El Bechir, arrivé au pouvoir il y a 30 ans ( Coup d’État militaire )

(Photo by - / AFP)

Au sixième jour de protestation populaire contre le régime devant le ministère de la Défense à Khartoum, l’armée a annoncé l’arrestation du président Omar El Bechir, arrivé au pouvoir il y a 30 ans par un coup d’Etat de l’armée, et son remplacement, pour deux ans, par un « Conseil militaire de transition ». Les frontières sont fermées.

Depuis décembre, des manifestations de milliers de Soudanais ont lieu à Khartoum pour protester contre le projet du gouvernement de tripler le prix du pain. Le Soudan fait face depuis plusieurs années à une crise économique, aggravée par la sécession du Sud-Soudan, en juiillet 2011, qui l’a privé d’une grande partie de ses revenus pétroliers, donc de ses devises. En conséquence, de nombreux biens ne sont plus importés. Le long règne du président El Bechir ayant peu pensé à la diversification de l’économie, cela se traduit par des pénuries de médicaments, de certains aliments mais aussi de carburant et d’argent liquide. En 2018, l’inflation a atteint quelque 70%, accroissant les difficultés des Soudanais, y compris dans les classes aisées.

La police refuse de frapper

Ces manifestations ont repris de la vigueur depuis vendredi dernier. Elles ont lieu devant le ministère de la Défense – dans un complexe où se trouve aussi la résidence du chef de l’État – alors que des membres de l’opposition demandaient à l’armée de négocier le départ d’El Bechir.

Mardi, le porte-parole de la police soudanaise avait déclaré: « Nous demandons à Dieu (…) d’unir le peuple soudanais (…) pour un accord qui soutiendrait un transfert pacifique du pouvoir ». Et la police a indiqué à ses troupes de ne pas « intervenir » contre la foule réclamant le départ du président El Bechir. Des attaques de protestataires, au sein de la foule, par des agents de services de renseignement, fidèles à El Bechir, ont toutefois produit des heurts, qui ont fait onze morts, dont six militaires qui tentaient apparemment de contrarier les manœuvres des agents du service de renseignement.

Un coup à l’algérienne?

Mais alors que la foule en liesse, au cri de « nous avons gagné, il est tombé », espérait une nouvelle révolution populaire, l’armée soudanaise semble s’être inspirée de la crise algérienne pour reprendre le pouvoir en main.

Jeudi matin, des militaires ont fait une descente sur les bureaux à Khartoum du Mouvement islamique, groupe proche du président El Béchir au sein de son parti, le National Congress Party (NCP). Tandis que les organisateurs des protestations anti-Bechir invitaient la foule à se rendre en masse devant le ministère de la Défense et que télévision d’Etat radio diffusaient de la musique patriotique – comme il est d’usage lors des coups d’État militaires – et que des véhicules de l’armée prenaient position autour du palais présidentiel et de la télévision d’Etat, le ministre de la Défense, Awad Ahmed Ibn Auf, a annoncé la destitution et l’arrestation du Président.

Il a ajouté que le « régime » était remplacé, pour « deux ans », par un Conseil militaire de transition » et que l’état d’urgence était déclaré pour trois mois et la Constitution suspendue, tandis que les frontières étaient fermées jusqu’à nouvel ordre et l’espace aérien clos pour 24h. Il a critiqué « la mauvaise gestion, la corruption et l’absence de justice » du régime El Bechir.

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