Tribune : « Jean Claude Tshilumbayi se méprend en droit, s’égare en politique et sous-estime l’intelligence nationale», Nharly Amisi

Les propos de M. Isaac Jean-Claude Tshilumbayi sur une éventuelle prolongation du pouvoir au-delà de 2028 exigent une réfutation ferme. Au-delà du débat politicien, c’est l’État de droit en RDC qui est en jeu. Or, ses arguments ne résistent pas à l’analyse.

I. Sur le plan constitutionnel : la souveraineté du peuple n’est pas négociable

Affirmer que l’absence d’élections en 2028 relèverait d’un « fonctionnement normal des institutions » est juridiquement infondé. Toute Constitution démocratique repose sur un principe cardinal : la périodicité du suffrage. Le peuple délègue le pouvoir, il ne l’aliène pas. L’article prévoyant le maintien du président en fonction jusqu’à l’installation de son successeur est une clause de sauvegarde contre la vacance du pouvoir, non un blanc-seing pour une prolongation politique. C’est une disposition d’exception, d’interprétation stricte. En droit public, l’esprit du texte prime sur la lettre : on ne peut détourner une règle de continuité pour pérenniser un mandat.

II. L’insécurité ne saurait récompenser l’échec

Ériger l’insécurité en motif de report électoral revient à inverser la responsabilité politique. Dans une République, une crise sécuritaire impose des réformes, une gouvernance efficace et une organisation adaptée du scrutin, pas la suspension du calendrier républicain. Admettre le contraire, c’est offrir une prime à l’instabilité : toute zone de crise deviendrait un prétexte à l’éternisation au pouvoir.

III. La comparaison avec l’Ukraine est juridiquement hasardeuse

Le parallèle avec l’Ukraine ne tient pas. Les contextes historiques, institutionnels et militaires diffèrent radicalement. L’Ukraine fait face à une agression conventionnelle d’un État contre un autre, avec annexion de territoires. La RDC affronte une crise sécuritaire asymétrique, multiforme et en partie interne. En droit comparé, l’analogie exige une similitude de faits et de droit. Ici, elle est absente.

IV. Disqualifier les contre-pouvoirs, c’est mutiler la démocratie

Rejeter la CENCO, l’opposition ou la société civile au motif qu’elles n’ont « pas gagné les élections » révèle une conception étriquée de la démocratie. Un régime démocratique repose sur deux piliers indissociables : la légitimité électorale et l’équilibre des contre-pouvoirs. Confondre majorité parlementaire et vérité nationale conduit au despotisme majoritaire et vide de sens le contrôle citoyen.

V. La Constitution n’est pas un costume sur mesure

Une révision constitutionnelle ne peut dépendre du destin d’un homme. La Loi fondamentale protège l’État contre les aléas et les ambitions personnelles. Sa modification n’est légitime que si elle répond à une nécessité nationale, portée par un large consensus et guidée par l’intérêt général. Lorsqu’elle paraît taillée pour un agenda particulier, elle perd toute autorité morale et juridique.

VI. Le repli identitaire affaiblit la République

Instrumentaliser l’appartenance communautaire dans un débat institutionnel érige des murs là où la République doit construire des ponts. Le tribalisme détourne le pays des vrais défis : sécurité, développement, justice. La citoyenneté, non l’ethnie, doit fonder le contrat social.

VII. L’unique voie républicaine : organiser l’alternance dans l’ordre

Le Congo a besoin d’institutions fortes : un fichier électoral fiable et audité, une justice indépendante, une CENI impartiale, des forces de sécurité républicaines. La maturité d’un État se mesure à sa capacité à organiser l’alternance pacifique, non à ajourner indéfiniment ses échéances.

M. Tshilumbayi se trompe en droit en assimilant continuité de l’État et prolongation du pouvoir. Il se trompe en politique en préférant le rapport de force à la légitimité. Il se trompe moralement en banalisant les fractures identitaires.

Le Congo mérite une lecture rigoureuse de sa Constitution et un respect intransigeant de ses règles. La République ne plie pas devant les ambitions des hommes ; ce sont les hommes qui s’inclinent devant elle. Ni glissement, ni révision opportuniste.

Fait à Paris, le 25 avril 2026, Nharly AMISI KM,Coordonnateur PPRD/Europe


Opinion Info / Provinces26rdc.com

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