Dans un tweet publié sur son compte, l’association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ) dit être profondément troublée par les circonstances qui auraient conduit à la démission du juge Batubenga Ilunga du Tribunal de commerce de Lubumbashi. Pour cette Ong des droits de l’Homme et autres observateurs ainsi qu’analystes des questions politico-judiciaires de la RDC, les faits allégués par le juge Batubenga dans sa lettre de démission, à savoir des pressions politiques par personne interposée visant à condamner Moïse Katumbi au profit de l’homme d’affaires Beveraggi, et le tout dans l’intérêt du pouvoir actuel…, sont d’une extrême gravité qu’ils nécessitent tout l’éclairage pour éviter de mettre en mal l’image de la justice congolaise qui se reconstitue déjà avec, notamment des avancées en termes d’indépendance.
Dans sa lettre de démission adressée au président de la République, le juge du Tribunal de commerce de Lubumbashi, Laurent Batubenga Ilunga, fait des révélations glaçantes sur le cours de l’affaire qui oppose Moise Katumbi à Pascal Beveraggi.
Il démissionne tout en dénonçant des menaces dont il aurait fait l’objet de la part, cite-t-il, de Me Peter Kazadi, cherchant à instrumentaliser la justice congolaise à des fins politiques. Dans ce document, il est fait état des « fortes pressions de la part des proches » du président de la République. Des pressions que ce juge conseiller à la Cour d’appel aurait subi pour valider des saisies-attributions pratiquées sans titre exécutoire par les sociétés Octavia et MB Mining Africa. La gravité, c’est aussi le fait que le juge démissionnaire dénonce une instrumentalisation de la justice par Me Peter Kazadi. Ce dernier prétendrait ne pas agir pour son compte personnel, mais pour l’intérêt du pouvoir.
Dans la foulée, une correspondance non authentifiée, publiée sur les réseaux sociaux et attribuée au service du conseiller spécial du chef de l’État en matière de sécurité, invitant le juge démissionnaire à se présenter à cet office, suscite bien des interrogations sur le lien à établir dans cette affaire.
Pour sa part, l’ACAJ, tout en respectant l’honneur et la dignité des personnes citées, entend mener une enquête indépendante aux fins de tirer au clair cette affaire dont les effets sont de nature à parasiter gravement la marche laborieuse vers un État de droit en RDC.
Mais bien au-delà, c’est toute l’opinion qui reste sur sa soif dans cette affaire qui indexe le pouvoir de manœuvrer pour écarter un adversaire politique en le privant des moyens financiers. Des accusations qui, en réalité, se déroulent sur un champ de l’abstrait, celui notamment des appels vocaux, d’où la nécessité de l’éclairage via une action judiciaire, afin de réunir des preuves sur les pressions évoquées.
D’autres réactions sont déjà tranchantes à l’instar de celle de Jean-Claude Katende, président national de l’Association africaine de défense des droits de l’Homme (ASADHO), une organisation qui travaille dans le but de prévenir et de lutter contre la corruption en RDC. Dans son tweet à ce sujet, M. Katende écrit : « le président Tshisekedi avait promis de sanctionner toute personne de son entourage qui userait de trafic d’influence pour instrumentaliser la justice. On attend sa réaction face à la dénonciation du juge du tribunal de commerce de Lubumbashi ».
Mais son tweet a, du coup, soulevé des réactions opposées par une série d’interrogations, notamment : « Pourquoi un juge qui subit des telles pressions ne peut pas se déporter ? Pourquoi il a choisi la démission ? Il sert qui en démissionnant ? C’est pour faire la publicité de qui ? … », car les contradicteurs de Katende estiment que le juge pouvait juste dénoncer ces pressions auprès de sa hiérarchie et se déporter dans ce dossier.
Dans tous les cas, sans éclairage, mieux, d’enquête et de sanctions, s’il le faut dans cette affaire, les graves allégations du juge démissionnaire du Tricom de Lubumbashi mettront en mal l’effectivité voulue et prônée de l’indépendance des magistrats en République démocratique du Congo.



Le Potentiel / Provinces26rdc.com
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