La Fifa a annoncé mardi 28 juillet vouloir créer une société afin de gérer ses activités commerciales et attirer des investisseurs extérieurs, promettant une manne de 10 milliards de dollars pour financer le développement du foot. Le président de la Fédération française de football (FFF) Philippe Diallo estime que ce projet soulève « beaucoup d’interrogations », voire est une « attaque absolue contre le football », selon un des vice-présidents de la Fédération allemande de football.
« L’administration de la Fifa explore l’idée de réunir tous les droits commerciaux – la diffusion, le sponsoring, la billetterie, l’octroi de licences – avec la mise en œuvre opérationnelle de ses tournois à travers la création de la Fifa Forward Enterprise (FFE) », a indiqué dans son communiqué l’instance qui gère le foot mondial. « La Fifa invitera des tiers à réaliser des investissements minoritaires, et sans contrôle » au sein de cette société, ajoute-elle. Selon plusieurs médias, cette participation extérieure s’élèverait initialement aux alentours de 20 %.
« La Fifa garderait le contrôle exclusif de la FFE à travers une représentation majoritaire au conseil d’administration », précise le communiqué, ainsi que « l’autorité exclusive » sur la gouvernance du football, les compétitions, le calendrier, les décisions réglementaires.
Gianni Infantino veut « libérer le potentiel commercial » de la Fifa
Association à but non lucratif, la Fifa conserve une partie de ses revenus, notamment pour organiser ses compétitions, à commencer par la Coupe du monde, et rémunérer ses salariés – dont Gianni Infantino, qui perçoit plusieurs millions de francs suisses annuels. Le reste est affecté à des programmes de développement, qui seront selon elle revalorisés grâce à la création de cette FFE. Celle-ci « lèverait 4,2 milliards de dollars » dès cette année, et « tous ses bénéfices nets seront réinvestis dans le football », assure la Fifa, qui promet à ses membres des retombées économiques via un nouveau mécanisme de financement, le Fifa Fast Forward Programme (FFFP).
En intégrant l’ensemble des programmes de financement déjà existants, la Fifa espère dégager une enveloppe supérieure à 10 milliards de dollars sur les quatre prochaines années pour financer le développement du football. En l’état, la Fifa prévoyait de distribuer environ 2,7 milliards de dollars à ses fédérations membres sur la période 2027-2030.
Cette annonce est dans la lignée de la volonté de son président Gianni Infantino de « libérer le potentiel commercial » de la Fifa, avait-il déclaré à la veille de l’ouverture d’un Mondial géant en Amérique du Nord, dans une formule à 48 équipes (contre 32 auparavant) et 104 matches. Et ce ne pourrait être que le début puisque Infantino a assuré depuis que l’hypothèse de passer à 64 équipes dès le Mondial 2030 allait être étudiée.
Vives critiques de l’UEFA et des fédérations
Le président de la Fédération française de football (FFF) Philippe Diallo a réagi ce mercredi sur le projet de la Fifa. « Nous avons découvert à travers un communiqué de presse un projet très important sur lequel nous n’avons aucun détail. Et qui (…) soulève beaucoup d’interrogations sans que les membres que nous sommes, fédérations, n’aient pu être associés et ne disposent d’aucun élément particulier pour se prononcer sur des sujets qui sont, évidemment, fondamentaux pour l’avenir du football », a déploré le dirigeant sur France Inter.
L’Union des associations européennes de football (UEFA) a aussi réagi avant même l’officialisation du projet, y voyant « une ligne que les institutions gouvernant le football ne devraient jamais franchir ». Philippe Diallo a annoncé qu’il aurait dès mercredi des échanges avec les principales fédérations européennes et le président de l’UEFA Aleksander Ceferin pour savoir « comment appréhender » ce projet.
Les instances européennes du football ont annoncé tenir une réunion d’urgence mercredi 29 juillet, a indiqué la ministre française des Sports Marina Ferrari. « Je prends acte de la réunion d’urgence organisée mercredi entre les instances européennes du football. Face à un projet qui pourrait profondément transformer l’équilibre de notre sport, il est indispensable que les acteurs européens parlent d’une seule voix », a-t-elle écrit sur X.
Selon le média Sky Sports, parmi les options évoquées par les 55 fédérations membres de l’UEFA figure un boycott de la prochaine Coupe du monde si Gianni Infantino maintient son projet.
La Fédération anglaise s’est elle dite « profondément préoccupée » par le processus de gouvernance défaillant de la Fifa tandis que la fédération allemande y voit une « attaque absolue contre le football », ajoutant qu’il y a « un large consensus au sein des fédérations membres (de l’UEFA, NDLR) à ce propos ».
Les confédérations nord-américaines (Concacaf) et asiatiques (AFC) ont, elles, regretté que ce projet ait été rendu public avant même que ses fédérations membres aient été consultées. « La Concacaf n’a pris connaissance de cette affaire que par le biais d’informations parues dans les médias et, par la suite, via un communiqué de presse. Nous partageons la déception de nombreux acteurs de notre région et du monde du football de voir un projet aussi détaillé élaboré et rendu public avant même toute discussion avec les instances dirigeantes et les parties prenantes concernées », précise la Concacaf.
Sans se joindre aux virulentes critiques formulées ces derniers jours à l’égard du président de la Fifa Gianni Infantino, au sujet de plusieurs polémiques survenues pendant le Mondial comme la levée de la suspension de l’Américain Folarin Balogun après intervention du président Donald Trump, Diallo a expliqué avoir fait part à Infantino « de la nécessité d’une relation plus exigeante en termes de processus de décision, en termes d’orientation sur le football ». « Parce que nous découvrons malheureusement parfois un certain nombre de décisions sans y avoir été associés et sans avoir pu véritablement donner notre avis sur ces orientations », a-t-il indiqué.
« Le football n’appartient pas aux investisseurs », selon le Premier ministre britannique
L’Association des supporters anglais de football (FSA) s’élève contre ce projet. Pour la FSA, cette initiative pourrait profondément transformer le football au détriment des supporters. Dans un communiqué, l’association dénonce une nouvelle tentative de « remodeler le football sans égard pour les supporters ou le jeu dans son ensemble » et appelle toutes les parties prenantes à faire front commun pour protéger l’avenir du football.
Le Premier ministre britannique Andy Burnham a vivement réagi au projet de la Fifa sur les réseaux sociaux. « Le football n’appartient pas aux investisseurs. Il appartient à ceux qui garnissent les tribunes et qui sont présents au bord du terrain, semaine après semaine, qu’il pleuve ou qu’il vente, a écrit Andy Burnham. La Coupe du monde n’est pas un produit. C’est la plus grande compétition sportive au monde, et elle n’a jamais appartenu à quiconque pour être vendue. Vous pouvez embellir l’accord comme bon vous semble : dès lors que vous en vendez une part, vous avez tout vendu. »
L’Union européenne a vivement dénoncé mercredi le projet de la Fifa, estimant que « la commercialisation effrénée du football » était devenue « nocive ».
rfi / Provinces26rdc.com
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