Inondation à Kinshasa : « L’absence de politique nationale en matière de logement et de planification urbaine l’une des causes principales de cette nouvelle catastrophe » (Joël Kyana Basila, urbaniste)

Comment la capitale congolaise se retrouve de nouveau confrontée à des inondations mortelles et pourquoi il faut une politique nationale de logement et d’organisation spatiale.

Les images ont fait le tour des réseaux sociaux. Des trombes d’eau se sont abattues sur la capitale congolaise dans la nuit du 5 au 6 avril. Selon les premiers bilans fournis par les autorités de la RDC, une trentaine de personnes ont perdu la vie suite à ces pluies diluviennes.

La montée des eaux a également provoqué la fermeture de la circulation sur la route nationale 1, principal axe routier dans la capitale, qui mène du centre-ville à l’aéroport, ainsi que dans de nombreux quartiers voisins.

Au mois de mars, l’agence nationale de météorologie et de télédétections par satellite (Metelsat) alertait déjà sur une série de phénomènes météorologiques intenses qui allaient affecter Kinshasa et Brazzaville entre mars et avril 2025. L’agence précisait que ces fortes précipitations accompagnées de vents violents faisaient craindre d’importantes inondations et des glissements de terrain – notamment dans les grandes agglomérations.

Joël Kyana Basila est urbaniste congolais. Il voit dans l’absence de politique nationale en matière de logement et de planification urbaine l’une des causes principales de cette nouvelle catastrophe.

Ci-dessous l’interview avec Joël Kyana Basila

Joël Kyana Basila : Soixante-quatre ans après l’indépendance, Kinshasa évolue dans une logique selon laquelle l’occupation du sol précède la planification. C’est ça le vrai problème.

Si vous remarquez, toutes ces zones qui ont connu ces inondations, ce sont des zones qui sont répertoriées dans le bassin versant de N’djili. Ce bassin versant, en tout cas, était considéré comme une zone non appropriée à la construction. Ce sont des zones inondables, où on ne recommande pas aux gens, à la population, d’aller habiter. Il faut des techniques appropriées pour occuper des zones inondables.

Vous remarquerez, la plupart de familles qui occupent ces zones inondables, ce sont des familles à revenus modestes qui n’ont pas de technique appropriée pour construire dans ces zones et du coup, on se retrouve dans des catastrophes qui s’observent aujourd’hui.

DW : Qu’est ce qui pourrait être fait justement pour soit désengorger la ville, soit permettre que les gens puissent construire dans des endroits où ils sont censés construire et pas là où c’est interdit ?

Ce qui motive d’abord les populations à occuper des zones accidentées… pareil… nous devons comprendre qu’aujourd’hui la politique nationale en matière de logement, en matière d’habitation n’est pas prise en compte, voilà un peu… n’est pas vraiment, en tout cas, le cheval de bataille des autorités…

Monsieur Kyana, je vous arrête, que dit cette politique justement, que dit cette politique dont on ne tient pas compte ?

Il faut pour offrir à la population de logements décents. C’est ça d’ailleurs le résumé de la ville : dans une ville, on habite décemment. Dans une ville, on travaille dans de bonnes conditions. Dans une ville, on circule et la quatrième fonction, c’est le divertissement et ces quatre fonctions forment un système et l’autorité et la politique nationale en matière d’urbanisme doit avoir ce regard global autour de la question de planification.

Vous savez que les villes africaines, particulièrement les villes congolaises, il y a une augmentation exponentielle de la population. Avant le départ des Belges, Kinshasa compter 400.000 habitants. Aujourd’hui, la ville de Kinshasa avoisine déjà 18, 19 voire même 20 millions, selon, certaines statistiques !

 


DW / Provices26rdc.com

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*