L’avocat antisystème soutenu par les États-Unis, Abelardo de la Espriella, remporte de justesse le second tour de l’élection présidentielle en Colombie organisé dimanche 21 juin, faisant basculer le pays très à droite. L’écart avec son rival de gauche, Ivan Cepeda, est extrêmement réduit. Celui-ci devance son adversaire d’un point, avec 49,7% des voix contre 48,7%, selon les résultats préliminaires. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a d’ores et déjà félicité Abelardo de la Espriella.
L’avocat antisystème soutenu par les États-Unis, Abelardo de la Espriella, remporte le second tour de l’élection présidentielle en Colombie organisé dimanche 21 juin, faisant basculer très à droite un pays frappé par la violence des groupes armés. L’homme d’affaires, novice en politique, bat de peu le sénateur de gauche Ivan Cepeda, allié du président sortant Gustavo Petro. Les résultats préliminaires officiels le donnent gagnant avec moins d’un point d’écart sur son adversaire : 49,7% des voix contre 48,7% à Ivan Cepeda.
Pour lui, sa victoire ne fait aucun doute, et c’est bien le nouveau président de la Colombie que le speaker annonce quand Abelardo de la Espriella arrive sur scène. Devant des milliers de personnes euphoriques, il est vêtu de ce qui a été son uniforme de campagne – le maillot de football de la Colombie –, avec la voix un peu cassée et protégé par une vitre antiballes.
Il tient un long discours sur un ton plus modéré que d’habitude ; il promet de respecter la Constitution et la séparation des pouvoirs, et appelle les Colombiens à l’unité, précise notre envoyée spéciale à Barranquilla, Marine de La Moissonnière. « Je vais gouverner pour tous les Colombiens, tant pour ceux qui ont voté pour moi que pour ceux qui ont choisi un autre candidat. Il n’y aura ni vainqueurs ni vaincus, il n’y aura pas de persécutions, car en démocratie, il n’y a pas d’ennemis irréconciliables », a-t-il déclaré.
Abelardo de la Espriella demande également à Ivan Cepeda d’admettre sa défaite et de reconnaître qu’il fait désormais partie de l’opposition. Le sénateur de gauche compte contester les résultats de 33 000 bureaux de vote et tiendra une conférence de presse ce lundi matin.
Un scrutin décisif
Quelque 41 millions d’électeurs étaient appelés à se rendre aux urnes pour ce scrutin décisif face à la résurgence de la violence dans un pays plongé dans un conflit armée interne depuis plus de six décennies. Sur X, Abelardo de la Espriella a célébré une victoire qui « nous remplit de gratitude, mais aussi d’un immense sens des responsabilités ». « Aujourd’hui commence une nouvelle étape pour notre pays », a-t-il affirmé.
Un peu plus tard, devant des milliers de sympathisants réunis à Barranquilla (nord), celui-ci a promis le début d’« une nouvelle ère» pour le pays après avoir vaincu le candidat du premier gouvernement de gauche de l’histoire du pays. « Cette nuit marque le début d’une nouvelle histoire pour la nation, […] une nouvelle ère », a-t-il déclaré. Partisan d’une opposition frontale aux groupes armés liés au narcotrafic, il a également promis de poursuivre « sans relâche les bandits, dans le cadre de la Constitution et des lois de la République ».
Celui qui promet de resserrer les liens entre Bogota et Washington a assuré que le président américain Donald Trump lui avait renouvelé son «soutien ». De son côté, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a lui félicité Abelardo de la Espriella pour sa victoire. « L’administration Trump se réjouit de travailler en étroite collaboration avec votre futur gouvernement afin de faire progresser la coopération régionale en matière de sécurité, de mettre fin à l’immigration clandestine vers les Etats-Unis et de renforcer nos liens économiques », a écrit Marco Rubio dans un message publié sur X.
La Colombie devient le dernier pays latino-américain en date à passer à droite après l’Argentine, le Chili ou l’Équateur.
Maillot jaune
Les partisans du millionnaire de 47 ans sont descendus dans les rues de plusieurs villes de Colombie, avec sur le dos le maillot jaune de l’équipe nationale de football qu’il avait adopté lors de ses meetings de campagne. Ils agitaient des drapeaux, faisaient retentir des klaxons et exprimaient l’espoir que celui qu’ils surnomment « le Tigre » apporte la sécurité après une campagne marquée par des attentats à la bombe de la guérilla et l’assassinat d’un prétendant à la présidence.
Mais à Cali, la troisième ville du pays, après la victoire sur le fil d’Abelardo de la Espriella, des manifestants ont brûlé des drapeaux américains et affronté la police antiémeute. La police a utilisé des gaz lacrymogènes pour tenter de disperser une foule de plusieurs milliers de personnes, dont certaines brandissaient des briques et des barres.
Devant ses partisans réunis à Bogota, Ivan Cepeda a quant à lui assuré qu’il n’accepterait pas la défaite avant le dépouillement final, lequel devrait prendre plusieurs jours, et qu’il contesterait les résultats de 33 000 bureaux de vote. « Une fois […] que les vérifications correspondantes auront été effectuées, nous reconnaîtrons le résultat officiel », a assuré le philosophe et défenseur des droits de l’Homme de 63 ans.
« Prospérité et sécurité »
La victoire du candidat de la droite dure « trace une voie de prospérité et de sécurité pour le pays », a réagi Samuel Gomez, directeur de collège de 39 ans, à Barranquilla (nord). L’avocat millionnaire incarne le rejet de la figure de Gustavo Petro, que la Constitution empêche de briguer un second mandat, et une ligne dure face au crime organisé dans un pays qui est le premier producteur de cocaïne au monde.
Raul Vasquez, un ingénieur de 41 ans, espère que sa présidence permettra de « relancer l’économie, créer des emplois ». Il attend beaucoup également sur le plan de la sécurité.
Ivan Cepeda est l’un des artisans de la stratégie de Gustavo Petro visant à négocier la paix avec les organisations criminelles (guérillas, paramilitaires, cartels) impliqués dans le narcotrafic, avec de maigres résultats. Il promettait d’approfondir les réformes sociales.
L’un de ses partisans, Santiago Galindo, employé de banque à Bogota, s’est dit après les résultats « très nerveux » face à ce que le président élu de droite pourrait faire. Des experts avertissent que ses promesses d’offensive militaire pourraient plonger le pays dans une nouvelle spirale de violence.
Société divisée
Admirateur des présidents salvadorien Nayib Bukele, argentin Javier Milei et américain Donald Trump, l’homme d’affaires a promis de faire construire des méga-prisons où les détenus seraient nourris « de pain et d’eau », de bombarder les camps de narcotrafiquants avec le soutien des Etats-Unis et d’Israël et de réduire de 40% l’appareil d’Etat.
Après une campagne ayant montré une forte polarisation de l’opinion, le futur président devra « reconnaître que la moitié du pays n’est pas d’accord avec lui et (…) dialoguer pour que la patrie puisse s’unir », estime Giovanna Pinzon, une psychologue de 46 ans dans la capitale. D’autant qu’il n’aura pas les mains totalement libres pour gouverner, faute de majorité au Parlement.
rfi / Provinces26rdc.com
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