EAC : après l’échéance du 30 juin, les barrières au commerce persistent en RDC

Près de trois mois après l’échéance fixée par les chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) pour supprimer les barrières non tarifaires encore en vigueur, plusieurs obstacles continuent d’affecter les échanges dans la région. Le 7 mars 2026 à Arusha, les dirigeants du bloc avaient donné aux États partenaires jusqu’au 30 juin pour lever ces entraves et améliorer le fonctionnement du marché commun.

Pourtant, un suivi régional fait encore état de 28 barrières non tarifaires en suspens, dont quatre attribuées à la République démocratique du Congo. La Tanzanie concentrait 11 cas, soit 39,3 % du total régional, devant le Kenya avec cinq cas. Et le Rwanda en compte quatre comme la RDC.

Axe Goli–Mahagi–Kisangani

Parmi les dossiers concernant la RDC figure l’axe Goli–Mahagi–Kisangani, qui relie l’Ouganda à l’intérieur du territoire congolais. Le problème n’est pas nouveau : le mécanisme régional de suivi des barrières non tarifaires suit ce dossier depuis 2025. Sa fiche officielle mentionne un incident daté du 1er avril 2025, un signalement enregistré le 1er mai puis une mise à jour le 10 août 2025. Le dossier reste actuellement classé « en cours ».

Le signalement fait état de 24 barrages routiers sur le tronçon congolais entre Goli, Mahagi et Kisangani. Les commerçants auraient déclaré payer 300 dollars par barrage, des sommes que le mécanisme régional qualifie de non officielles et illégales.

Si le montant maximal était effectivement acquitté aux 24 points, la charge atteindrait théoriquement 7 200 dollars par camion. Ce chiffre constitue toutefois un calcul maximal à partir des montants signalés : il ne correspond ni à une moyenne constatée ni à un coût systématiquement payé par chaque transporteur.

En avril 2026, The EastAfrican avait remis cette situation en lumière, citant l’East African Business Council et des organisations de transporteurs. Le média indiquait que certains barrages étaient attribués à des groupes armés ou à des agents publics corrompus et présentait Goli–Mahagi–Kisangani comme l’un des axes les plus coûteux du Northern Corridor.

Des engagements pris avant le 30 juin

Les sources congolaises documentent également la persistance de tracasseries et de difficultés sur ces corridors. En mars 2026, plus de 300 camions-citernes étaient bloqués dans la zone frontalière de Mahagi après une grève de chauffeurs dénonçant notamment l’insécurité et les tracasseries sur l’axe Bunia–Kisangani.

Avant l’échéance régionale, Kinshasa avait indiqué que la zone était affectée par l’insécurité et que le gouvernement central avait demandé aux autorités provinciales de réduire le nombre de barrières et de mettre fin aux paiements non officiels. Une consultation associant les ministères de l’Intérieur, du Commerce et les services de sécurité devait également être organisée.

Le mécanisme régional mentionne aussi des consultations bilatérales entre la RDC et l’Ouganda ainsi qu’une demande adressée à Kinshasa de respecter l’échéance du 30 juin. Le maintien du dossier parmi les barrières en cours montre néanmoins que sa résolution n’était pas encore acquise plusieurs mois après cette date.

La RDC est par ailleurs concernée par d’autres barrières suivies au niveau communautaire. The EastAfrican cite notamment des restrictions affectant le ciment, le clinker, les boissons gazeuses et la bière en provenance de pays partenaires. Ces mesures sont comptabilisées comme des NTB au niveau régional, même si Kinshasa justifie certaines restrictions commerciales par des objectifs de protection de la production locale.

Corridor important pour le commerce avec l’Ouganda

L’enjeu économique est important. L’axe Goli–Mahagi–Kisangani constitue une voie d’acheminement des marchandises ougandaises vers Bunia et Kisangani. Selon The EastAfrican, il fait partie du Northern Corridor et transporte notamment du ciment, du sucre, de l’acier et d’autres produits manufacturés, tout en servant aux exportations congolaises vers l’Ouganda.

Selon les données de la Bank of Uganda, la RDC est devenue en 2025/2026 la première destination africaine des exportations ougandaises. Entre juillet 2025 et juin 2026, celles-ci ont atteint environ 1,416 milliard de dollars, commerce formel et informel compris.

Les obstacles sur les routes reliant les deux économies peuvent donc renchérir les coûts logistiques et, à terme, les prix payés par les consommateurs congolais. Le mécanisme régional de suivi reconnaît lui-même que les barrières sur cet axe rendent les marchandises plus coûteuses en RDC.


Bankable / Provinces26rdc.com

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