La Première ministre Suminwa désigne le Rwanda comme bourreau des femmes dans l’Est(Par Bienvenu-Marie Bakumanya, Envoyé spécial)

La Première ministre Judith Suminwa a accusé, lundi, le Rwanda et le M23 d’avoir transformé les femmes de l’Est de la République démocratique du Congo en cibles d’une violence systématique, dans son adresse aux Nations Unies.

Un réquisitoire sans détour à l’occasion de la journée internationale de la femme célébrée à New York, aux États-Unis.

« Depuis l’agression menée par le Rwanda et soutenue par le groupe M23-AFC, les femmes et les jeunes filles dans les zones touchées subissent des violences graves, des déplacements et une crise humanitaire », a déclaré la cheffe du gouvernement congolais, rompant avec la langue diplomatique mesurée.

À l’occasion de la 70ᵉ session de la Commission de la condition de la femme ayant pour thème « Droits, justice et action », et du 30ᵉ anniversaire de Beijing, la Première ministre a fait de cette accusation le cœur de son oral, obligeant la communauté internationale à regarder en face les conséquences humaines des dynamiques régionales.

Des réformes ancrées, une protection absente

La Cheffe du gouvernement congolais devant la presse

La Première ministre n’a pas limité sa prise de parole aux condamnations internationales. Elle a rappelé les avancées juridiques engagées à Kinshasa : l’inscription du principe d’égalité à l’article 14 de la Constitution, la révision du Code de la famille en 2016 (suppression de l’autorisation maritale, âge légal du mariage fixé à 18 ans) et la loi sur les modalités d’application des droits de la femme et de la parité. Malgré ces progrès législatifs et une augmentation de la représentation féminine, passée, selon elle, de 21 % en 2021 à 32 % en 2024, Judith Suminwa Tuluka a souligné que les textes restent vains tant que la sécurité des femmes n’est pas assurée.

Femmes en première ligne : violences spécifiques et déplacement

« Les conflits n’affectent pas les hommes et les femmes de la même manière », a martelé la cheffe du gouvernement.

Elle a exposé une réalité faite d’agressions sexuelles, de déplacements massifs et de privations qui frappent de plein fouet les Congolaises de l’Est. Pour elle, il ne s’agit pas seulement d’un bilan humanitaire mais d’un phénomène qui exige reconnaissance et réponse ciblée.

« Non-visualisation et banalisation doivent cesser », a‑t‑elle averti.

Cohérence et crédibilité : l’appel aux institutions internationales

L’exposé a également été un appel pressant à la cohérence diplomatique.

« La promotion des droits des femmes exige cohérence et crédibilité », a déclaré Mme Suminwa, en réclamant que  « l’influence exercée au sein de nos organes de décision soit pleinement alignée avec les principes que nous défendons collectivement ».

Elle a mis au défi l’assemblée : « Sommesnous réellement capables de protéger efficacement les femmes, de sanctionner les violations de leurs droits et de réparer durablement les injustices qu’elles subissent ? »

Autonomisation économique, fragilité de l’espoir

La première ministre Suminwa, prononçant son allocution

Suminwa Tuluka a mis en avant les efforts nationaux pour l’autonomisation des femmes (soutien à l’entrepreneuriat, Programme de développement local des 145 territoires), mais a insisté : « Sans paix et sans protection, l’autonomisation économique restera théorique ».

Les politiques publiques, aussi ambitieuses soient-elles, butent sur la réalité des violences et des déplacements qui annihilent les gains sociaux et économiques.

Un ultimatum pour la 70ᵉCommission

La Première ministre a demandé, en conclusion, que la session soit « un moment de responsabilité et de renouveau » et qu’on cesse de se contenter de mots. Son message, dur et sans concession, était clair : nommer les responsabilités, sanctionner les auteurs et réparer les victimes ne sont plus des options diplomatiques mais des impératifs.

« Transformer nos engagements en actions concrètes », a‑t‑elle insisté, « pour que l’égalité, la justice et la paix deviennent une réalité pour toutes et tous ».

La fermeté de la Première ministre à New York a transformé la célébration de Beijing en sommation politique : la communauté internationale est désormais confrontée au choix entre l’indifférence et des mesures effectives pour protéger les femmes de l’Est de la RDC.

 

ACP/Provinces26rdc.com

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