Alors que l’Onu annonce 30,5 millions de dollars supplémentaires contre Ebola, Le Congo n’est pas à vendre s’interroge sur l’efficacité de la riposte et appelle à plus de transparence dans la gestion des fonds.
Alors que l’épidémie d’Ebola continue de s’étendre en République démocratique du Congo, le débat ne porte plus seulement sur l’ampleur de la crise sanitaire, mais aussi sur la gestion des moyens mobilisés pour y faire face.
Malgré des financements importants annoncés par le gouvernement congolais et ses partenaires internationaux, dont 30,5 millions de dollars supplémentaires débloqués récemment par le Fonds central d’intervention d’urgence des Nations unies, en plus des 24 millions déjà alloués à la RDC et à quatre pays voisins, des voix s’élèvent pour dénoncer des dysfonctionnements, des retards de paiement des intervenants de première ligne et un manque de transparence dans l’utilisation des fonds.
Nous vous proposons un entretien avec Jean-Claude Mputu, porte-parole de la coalition Le Congo N’est Pas À Vendre (CNPAV), qui réclame une gestion plus transparente de la riposte, la publication des rapports financiers et l’ouverture d’une enquête parlementaire sur l’utilisation des ressources destinées à combattre Ebola.
Interview avec Jean-Claude Mputu (CNPAV)
DW : Monsieur Mputu, le CNPAV vient de publier un communiqué particulièrement critique sur la gestion de la riposte à Ebola. Vous dénoncez à la fois des dysfonctionnements sur le terrain et un manque de transparence dans l’utilisation des fonds mobilisés. Pourquoi avez-vous décidé aujourd’hui de tirer la sonnette d’alarme ?
Jean-Claude Mputu : Ce qui se passe dans la riposte à l’épidémie Ebola est un non-sens.
Beaucoup de moyens ont été mobilisés, mais sur le terrain, l’épidémie progresse. Il y a donc quelque chose qui relève de l’incompétence, de l’irresponsabilité et même, je dirais, de quelque chose de beaucoup plus grave. On ne peut pas, à ce niveau-ci, priver des personnes qui risquent leur vie pour sauver d’autres personnes des moyens qui ont été mis à leur disposition par des fonds publics. C’est pour cela que « Le Congo n’est pas à vendre » a décidé de sonner l’alarme. D’autant plus que de nombreuses voix s’élèvent. Tout le monde dit qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans la coordination de la riposte et dans l’exercice des responsabilités. Il faut absolument que cette situation s’arrête et que des responsabilités soient établies, puisque cette épidémie continue à tuer des dizaines et des centaines de nos compatriotes et risque encore de s’étendre davantage.
Voilà pourquoi nous demandons l’ouverture d’une enquête parlementaire afin que les responsabilités soient établies. Il faut également revoir certaines stratégies, changer des équipes si nécessaire, afin que les moyens mobilisés servent réellement à quelque chose. Enfin, il faut une transparence financière totale sur l’argent sorti et sur l’ensemble des moyens déjà décaissés, afin que le peuple congolais soit informé.
DW : Vous insistez justement sur la transparence financière. Récemment sur notre antenne, le directeur général d’Africa CDC a proposé notamment de renforcer la traçabilité des fonds et de numériser les paiements destinés aux intervenants de la riposte. Pensez-vous que ces mesures puissent permettre d’améliorer la gestion des ressources et d’inverser la tendance ?
Jean-Claude Mputu : La solution avancée par Africa CDC a l’air simple, facile et efficace. Mais dans la réalité du terrain et dans le contexte congolais, c’est plus compliqué. Dans certaines zones touchées par l’épidémie, il n’y a pas de banques ni les infrastructures nécessaires. Il est donc difficile de numériser totalement les transferts d’argent. Ce qu’il faut avant tout, c’est que les acteurs et les responsables congolais assument leurs responsabilités, fassent correctement leur travail et assurent une gestion transparente des fonds ainsi qu’une riposte efficace. Il faut mettre les bonnes personnes aux bons endroits. C’est une question de bon sens. Au lieu de cela, on a parfois l’impression que certains cherchent à profiter de l’argent de l’épidémie dans une opacité presque totale. C’est cela qu’il faut d’abord corriger.
DW / Provinces26rdc.com
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