La motion de défiance initiée contre le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, apparaît contre-productive au regard des défis sécuritaires actuels. Si le contrôle parlementaire est une prérogative légitime, l’exercer dans la précipitation, au détriment de la stabilité institutionnelle, risque d’affaiblir la réponse de l’État face à la criminalité urbaine et aux menaces dans l’est.
L’auteur de la motion, le député national Laddy Yangotikala, semble privilégier une lecture émotionnelle de la crise sécuritaire. Or, aucun gouvernement responsable ne reste passif quand la population est exposée au banditisme. Qualifier le VPM d’« incompétent » occulte les réformes structurelles engagées depuis 18 mois par le ministère de l’Intérieur, avec des résultats mesurables sur le terrain.
Un cadre de réforme inédit : la loi de programmation de la PNC
La loi de programmation de la réforme de la Police nationale congolaise, dotée de 2,5 milliards USD sur cinq ans. Adoptée par le Parlement et promulguée en 2025 par le Président Félix Tshisekedi, elle constitue la première feuille de route budgétisée pour moderniser la PNC depuis des décennies. Elle prévoit l’équipement, le recrutement et la formation de 90 000 policiers, la réhabilitation des infrastructures et la mise à la retraite de 10 000 agents entre 2027 et 2028. Destituer le ministre chargé de sa mise en œuvre aujourd’hui, c’est prendre le risque de casser cette dynamique. Malgré les contraintes de trésorerie, les premières tranches sont exécutées : les appels d’offres pour les véhicules et le matériel anti-émeute sont lancés depuis mars 2026.
Des réponses opérationnelles immédiates
L’action ne se limite pas au long terme. Le 22 avril 2026, Jacquemain Shabani a officialisé les numéros verts de la PNC avec le ministre des PTNTIC, José Panda. Le Centre d’appel d’urgence de la Police, déjà équipé en matériel informatique par le ministère, sera opérationnel d’ici juin. Il établira un lien direct 24h/24 entre la population et les unités d’intervention, réduisant le temps de réponse face au phénomène « Kuluna » et aux enlèvements à Kinshasa.
Des résultats judiciaires visibles : l’opération « Ndobo »
La fermeté paie. L’opération « Ndobo » a conduit à l’arrestation, au jugement et à la condamnation de centaines de criminels lors d’audiences publiques foraines. Cette publicité des procès restaure la confiance et dissuade. Renvoyer le VPM en pleine intensification de ces opérations reviendrait à désorganiser la chaîne de commandement.
L’investissement dans le capital humain se poursuit
La formation. 5 000 recrues sont actuellement en formation à Kasangulu. À Kisangani, l’école de police de Kapalata, bâtie en 1959, a été entièrement réhabilitée et inaugurée le 23 juin 2025 par le VPM Shabani. Sa capacité atteint désormais 2 000 élèves-officiers par promotion. Ces chantiers étaient à l’arrêt depuis plus de 30 ans.
Stabilité plutôt que rupture
Face à ces avancées concrètes, l’heure n’est pas à la décapitation politique mais à la consolidation. Changer de pilote en plein vol fragiliserait la mise en œuvre de la loi de programmation, ralentirait le déploiement des centres d’appel d’urgence et enverrait un signal d’instabilité aux partenaires techniques et financiers. La priorité reste l’unité autour des réformes portées par le Président de la République, dans l’intérêt supérieur de la sécurité des Congolais. Le Parlement a le droit de contrôler, mais aussi le devoir de mesurer le coût d’une crise institutionnelle en période d’insécurité.
Ouragan / Provinces26rdc.com
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