Aucune concession, aucun accommodement. Dieudonné Nkishi reste intraitable face aux rebelles. Il oppose une fin de non-recevoir à toute tentative d’ouvrir les portes du dialogue national aux acteurs de la rébellion.
Le coordonnateur du mouvement anti-dialogue ne transige pas sur ses lignes rouges. Il ne soupèse pas non plus ses mots quand il s’agit de fils égarès qui ont pris les armes pour endeuiller la République. « S’asseoir autour d’une même table, les institutions républicaines et ceux qui ont choisi la lutte armée reviendrait à consacrer un renversement des valeurs démocratiques ». Son credo est clair : le pays ne saurait ériger les armes en passeport vers la gouvernance, ni transformer la violence en sésame.
Le leader politique reste convaincu qu’aucune véritable paix ne peut éclore d’un processus qui placerait sur un pied d’égalité la République et des mouvements armés. C’est cette conviction, inébranlable qu’il développe dans une lettre ouverte adressée à Delly Sesanga où chaque paragraphe est perçu comme une mise en garde contre ce qu’il considère comme une dérive aux conséquences incalculables. En tout cas, Nkishi juge cette thèse insupportable. Le président du parti Congo positif rejette avec une vigueur peu commune les appels en faveur de la présence de Joseph Kabila et de l’AFC/M23 aux futures concertations.
Dans sa longue missive adressée au président national d’Envol, Delly Sesanga Hipungu, également destinée à tous ceux qui militent pour la présence de l’AFC/M23 et de Joseph Kabila aux futures assises nationales, Dieudonné Nkishi signe un texte particulièrement argumenté, où il s’attache à déconstruire, point par point, les fondements d’une telle proposition. Pour le président national de Congo positif, vouloir traiter la guerre en installant autour d’une même table les institutions républicaines et des mouvements armés reviendrait à brouiller dangereusement les frontières entre la recherche de la paix et la récompense de la violence.
Une contradiction jugée inconciliable
Dès les premières lignes, Dieudonné Nkishi reproche à Delly Sesanga une contradiction de fond. Réagissant aux déclarations du président d’Envol, selon lesquelles le dialogue ne pourrait être crédible sans Joseph Kabila ni l’AFC/M23, Nkishi estime qu’une telle approche consacre implicitement l’idée selon laquelle la force militaire deviendrait un raccourci vers la reconnaissance politique.
De l’avis du leader du Front, le dialogue constitue un instrument de consolidation démocratique et non un mécanisme destiné à gratifier ceux qui ont choisi les armes contre la République. Cette distinction irrigue l’ensemble de son raisonnement.
La question qui demeure sans réponse
Au centre de son argumentaire, Nkishi formule une interrogation qu’il présente comme incontournable. Quelle revendication politique précise Joseph Kabila porterait-il aujourd’hui pour justifier sa participation à un dialogue organisé dans un contexte de conflit armé ?
Pour lui, aucune réponse convaincante n’a jusqu’à présent été apportée au peuple congolais. Si cette revendication relève de l’ordre constitutionnel, pourquoi n’a-t-elle jamais emprunté les voies institutionnelles prévues par la Constitution ? S’il s’agit d’une ambition personnelle, poursuit-il, comment pourrait-elle justifier une guerre ayant coûté des milliers de vies humaines ?
Pour le coordonnateur du Front anti-dialogue, l’absence d’un cahier des charges clairement identifié vide de sa substance l’argument plaidant pour une participation incontournable de l’ancien chef de l’État.
La Constitution érigée en rempart
Nkishi convoque ensuite plusieurs dispositions constitutionnelles afin d’étayer son raisonnement. Il rappelle que l’article 5 établit que la souveraineté appartient exclusivement au peuple. L’article 63 impose à chaque Congolais le devoir sacré de défendre la patrie contre toute prise de pouvoir contraire à la Constitution. Quant à l’article 64, il consacre l’obligation de faire échec à toute tentative anticonstitutionnelle.
À partir de ces dispositions, le chef du Front considère qu’accorder à l’AFC/M23 une place privilégiée au sein d’un dialogue national créerait un précédent particulièrement périlleux en faisant de la conquête militaire un moyen recevable d’obtenir une reconnaissance politique.
Hans Kelsen, Max Weber et Bobbio convoqués à la barre
La démonstration ne s’arrête pas aux textes constitutionnels. Dieudonné Nkishi s’appuie également sur plusieurs grandes figures de la pensée juridique et politique. Il invoque Hans Kelsen, Norberto Bobbio ainsi que Max Weber pour rappeler que l’État de droit repose sur le monopole de la contrainte légitime exercée exclusivement par les institutions publiques.
Selon cette lecture doctrinale, un État qui accepte que des groupes armés imposent leur agenda politique par la force renonce progressivement à l’une de ses caractéristiques fondamentales. De sa forte conviction, reconnaître un statut politique privilégié aux mouvements rebelles reviendrait à substituer la logique des armes à celle des urnes.
Le risque d’une incitation permanente à la rébellion
L’une des mises en garde les plus sévères du document concerne les conséquences qu’un tel précédent pourrait produire. Dieudonné Nkishi pense que dialoguer avec des acteurs armés en leur accordant une reconnaissance adresserait un signal désastreux aux générations futures. Le message implicite serait qu’il devient plus efficace de prendre les armes que de participer aux élections ou d’utiliser les mécanismes démocratiques classiques. Il évoque également certaines prises de parole publiques laissant entendre que seule la rébellion permettrait d’être entendue par Kinshasa, estimant qu’un tel raisonnement alimente une mécanique de reproduction des conflits.
À l’appui de sa démonstration, il rappelle que plus de vingt-cinq années d’accords conclus avec différentes rébellions n’ont jamais permis d’éradiquer durablement les violences dans l’est du pays. Au contraire, soutient-il, plusieurs analyses académiques décrivent un cycle de rébellion rentable, dans lequel la guerre devient progressivement un levier d’accès aux responsabilités publiques.
La paix ne peut être bâtie au prix de la Constitution.
Tout en reconnaissant qu’une solution politique demeure indispensable au conflit, Dieudonné Nkishi établit une distinction entre négociations humanitaires, cessez-le-feu, désarmement ou réintégration, d’une part, et participation à la définition des institutions de la République, d’autre part.
A ses yeux, les auteurs de violences ne sauraient acquérir, par la force, un droit constitutionnel à codécider de l’organisation politique du pays. Dans la conclusion de sa lettre, il interpelle directement Delly Sesanga, qu’il invite à clarifier les revendications exactes de Joseph Kabila avant de plaider pour sa participation au dialogue.
« Aucune démocratie solide ne peut accepter que les armes deviennent un mode d’accès à la parole politique », martèle-t-il, avant d’asséner sa formule finale : « La paix est une nécessité. Mais elle ne peut être construite au prix de la Constitution ».
Ouragan / Provinces26rdc.com
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