RDC : Pourquoi le pouvoir requiert la peine de mort contre l’ancien président Joseph Kabila

La peine de mort a été requise contre l’ancien chef d’État de la RD Congo, Joseph Kabila, pour complicité avec l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda ce vendredi 22 août. L’ancien président qui a gouverné le pays pendant près de 20 ans est accusé de trahison, complot, crimes de guerre, viol et apologies de terrorisme. Bob Kabamba, professeur en sciences politiques et spécialiste de la RD Congo, interrogé par TV5MONDE, estime que la peine requise n’est « pas étonnante ».

Le général Lucien René Likulia, représentant du ministère public, a appelé les juges du tribunal militaire à condamner « à la peine de mort » Joseph Kabila pour « crimes de guerre », « trahison », et « organisation d’un mouvement insurrectionnel », ainsi qu’à quinze ans de prison pour « complot », vendredi 22 août.

Le procès de l’ancien chef d’État de la RD Congo s’est ouvert le 25 juillet sans qu’il y soit présent et sans avoir désigné d’avocats pour le défendre. Il a quitté le pays il y a plus de deux ans, selon ses proches. L’État lui reproche ses liens avec le mouvement rebelle de l’Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), soutenu par le Rwanda. Joseph Kabila est ainsi jugé pour tous les crimes attribuables au groupe armé.

L’avocat principal des parties civiles, Me Richard Bondo, estime que le sort de l’ancien président est désormais scellé : « Il n’y a aucune brèche pour son innocence, aucune brèche. » L’État, qui s’est porté partie civile contre l’ancien président, a engagé sept avocats.

On a été les témoins d’une dégradation de toutes les mesures prises contre l’ancien chef de l’État, jusqu’à aujourd’hui avec la réquisition de la peine de mort à son encontre.

C’est un procès inédit en RD Congo. Depuis l’exécution de Patrice Lumumba en 1961, aucun président ou chef de gouvernement n’avait été menacé de mort.

La peine de mort requise à l’encontre de Joseph Kabila « n’est pas étonnante », selon Bob Kabamba, docteur en sciences politiques de l’Université de Liège et spécialiste de la région des Grands Lacs. « Depuis la fin de la coalition Kabila-Tshiskedi, une machine s’est mise en marche avec un objectif : le déboulonnage du système Kabila. On a été les témoins d’une dégradation de toutes les mesures prises contre l’ancien chef de l’État, jusqu’à aujourd’hui avec la réquisition de la peine de mort à son encontre. »

Un homme discret et silencieux

Joseph Kabila est propulsé au pouvoir en 2001 après le décès de son père, Laurent-Désiré Kabila, qui était alors le président. Il meurt au court de la deuxième guerre du Congo. Né le 4 juin 1971 en RD Congo, Joseph Kabila n’a que 29 ans quand il devient le chef de l’État, le plus jeune de l’histoire de l’État kino-congolais. Beaucoup le décrivent alors comme un homme discret et silencieux.

Sans aucune formation politique, Joseph Kabila hérite immédiatement d’une guerre sur son sol, la deuxième guerre du Congo, aussi connue sous le nom de première guerre mondiale africaine. Le conflit armé fait suite à la première guerre du Congo, déclenchée par le génocide des Tutsi au Rwanda, en 1994. En tout, neuf pays africains et une trentaine de groupes armés sont impliqués dans cette guerre, mais le Rwanda et l’Ouganda y jouent un rôle particulier en finançant divers groupes rebelles dans l’est de la RD Congo.

En 2003, Joseph Kabila signe l’accord global et inclusif de Pretoria, avec le Rwanda, qui met fin à la deuxième guerre du Congo. Il se maintien au pouvoir en tant que président du nouveau gouvernement de transition.

Il passe dix-huit ans à la tête de l’État, jusqu’en 2019 où il cède sa place au président actuel Félix Tshisekedi. À son départ de la présidence, la majorité de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Joseph Kabila est aussi accusé d’avoir mené un régime autoritaire en RD Congo, sous fond de violations diverses des droits de l’Homme, de nombreux cas de corruption et de détournements de fonds.

Après des suspicions de fraude électorale sur l’élection de 2018, où Joseph Kabila est suspecté d’avoir voulu continuer à diriger le pays dans l’ombre de Félix Tshisekedi, il occupe des fonctions de sénateur à vie. Mais son immunité est levée en mai 2025, alors que le régime l’accuse de soutenir l’AFC/M23.

Au cours du procès, le général Lucien René Likulia a déclaré que « le prévenu envisageait de renverser par les armes le régime constitutionnel en place », avec l’aide notamment de Corneille Nangaa, président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) lors du scrutin présidentiel de décembre 2018, avant de rallier le M23 en 2023.

« Les preuves sont assez minimes », prévient néanmoins Bob Kabamba qui rappelle que le procès se basait notamment sur « des aveux qui auraient été soutirés sous la torture ».

Le spécialiste de la région des Grands Lacs explique que ces mesures sont courantes car, « pour le régime de Kinshasa, il est plus qu’important d’éliminer toute forme d’opposition ». Et cette répression de l’opposition ne concerne pas seulement la sphère politique.

« Il y a aussi eu une épuration claire au niveau de l’armée, au niveau de l’état-major et de la hiérarchie militaire qu’on a soupçonné d’être pro-Kabila. C’est Kabila qui est à l’origine de la structuration de l’armée congolaise. Alors pour être sûrs que cette armée ne va pas se retourner contre Tshisekedi, il faut la restructurer et c’est ce qui est en train d’être fait. »

« Un procès politique »

L’est de la RDC, région frontalière du Rwanda et riche en ressources naturelles, est déchiré par des conflits depuis 30 ans. Les violences se sont intensifiées ces derniers mois avec la prise de contrôle par le M23 de Goma et Bukavu, capitales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Le ministère public a estimé, vendredi, que les violences commises par le M23 dans l’est ont causé « d’énormes préjudices » à la RDC et « entrainent la responsabilité pénale et individuelle » de Joseph Kabila. Les provinces orientales du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri se sont constituées parties civiles dans ce procès, réclamant plusieurs milliers de dollars de dommages et intérêts à l’ancien président.

Le procès ne changera rien dans les relations entre la RD Congo et le Rwanda qui sont déjà exécrables. Ce n’est qu’un constat de plus de la détérioration des relations entre les deux pays.

Malgré son départ de la RD Congo il y a plus de deux ans, Joseph Kabila jouit encore d’un important réseau d’influence. Ses partisans dénoncent un « procès bidon ».

« C’est un procès politique, le régime cherche à dissimuler son échec diplomatique et militaire », a déclaré vendredi à l’AFP Ferdinand Kambere, secrétaire général adjoint du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), le parti de Joseph Kabila, à l’issue du réquisitoire.

Pour Bob Kabamba, « le procès ne changera rien dans les relations entre la RD Congo et le Rwanda qui sont déjà exécrables. Ce n’est qu’un constat de plus de la détérioration des relations entre les deux pays. »

Après trois mois de pourparlers au Qatar, le M23 et la RD Congo se sont engagés à un respecter un cessez-le-feu le 19 juillet à Doha, dans la foulée d’un accord de paix séparé signé à Washington entre les gouvernements de RD Congo et du Rwanda fin juin. Mais depuis, la situation sécuritaire et humanitaire ne s’est pas améliorée dans l’est de la RD Congo. Les affrontements ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés, depuis janvier, selon l’ONU.


TV5Monde / Provinces26rdc.com

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