Après l’échec des négociations irano-américaines au Pakistan, Donald Trump a lancé un blocus maritime dans le détroit d’Ormuz, en vigueur depuis ce lundi 13 avril. Deux destroyers ont déjà franchi le passage sans emcombre et ouvert « une voie sécurisée » afin « d’encourager la libre circulation des marchandises », alors que près de 20.000 navires sont bloqués depuis le début de la guerre.
Alors que les pourparlers de paix entre les États-Unis et l’Iran se sont soldés par un échec, Donald Trump a imposé un blocus maritime dans le détroit d’Ormuz, ce lundi 13 avril. Il veut empêcher les navires ayant accosté dans un port iranien d’emprunter cette artère vitale pour Téhéran et par laquelle transite 20% du pétrole exporté dans le monde. Dénonçant un acte « illégal » de « piraterie », l’Iran a averti qu’il s’en prendrait aux ports de ses voisins du Golfe si « la sécurité des ports de la République islamique (…) était menacée ».
Depuis les premières frappes américaines en Iran, le 28 février, les Gardiens de la révolution islamique contrôle le détroit et menacent de s’en prendre aux navires étrangers qui y transitent. 2.000 navires et 20.000 marins étaient bloqués le 31 mars dernier, selon les Nations Unies. Seuls quelques bateaux, pour la plupart iraniens et chinois, bénéficient de laissez-passer. Mais avec le blocus imposé par Donald Trump, ces navires en provenance d’Iran, risquent d’être « immédiatement élimités ».
« On peut supposer que l’intention de Trump est d’essayer de priver l’Iran de ses revenus d’exportation et d’obliger ses principaux importateurs de pétrole, particulièrement la Chine, à faire pression sur Téhéran pour qu’il lève son blocage du détroit » d’Ormuz, analyse depuis New York le centre de réflexion Soufan Center.
La Chine a d’ailleurs immédiatement réagi. Elle réclame, ce lundi 13 avril, le rétablissement d’une navigation « sans entraves » dans le détroit. Pékin est un partenaire majeur de l’Iran. Ce dernier lui destinait plus de 80% de ses exportations de pétrole avant le début de la guerre.
Les États-Unis peuvent-ils contrôler le passage des navires?
Si les Américains n’ont pas détaillé les modalités de l’opération, le blocus américain veut contraindre tout navire tentant de transiter dans le détroit à se soumettre à un contrôle des États-Unis. « Les forces américaines ont la permission de procéder à des perquisitions en vertu du droit de visite et de perquisition », explique James Kraska, professeur de droit maritime international au U.S. Naval War College, dans le New York Times.
Ce droit est inscrit dans le code de la marine américaine (US Navy) et il prévoit que les parties en guerre peuvent arrêter et inspecter des navires privés dans des eaux qui ne sont pas neutres. Cela dit, le chef de l’agence maritime de l’ONU a déclaré, ce lundi 13 avril, qu’aucun pays « n’a le droit d’interdire le droit de passage inoffensif ou la liberté de navigation dans les détroits internationaux utilisés pour le transit international ».
Déminage ou création d’un nouveau passage?
Selon Yu Jihoon, chercheur à l’Institut coréen d’analyses de la défense et ancien officier de sous-marins sud-coréen, ce blocus est classé « à haut risque ». En effet, le détroit d’Ormuz, qui sépare l’Iran d’Oman, est étroit, ce qui facilite les attaques navales iraniennes. D’autant que Téhéran affirme avoir entièrement miné la zone.
James Stavridis, amiral de la marine américaine à la retraite, a déclaré à CNN qu’il pense que « le Pentagone a besoin de deux groupes de frappe de porte-avions et d’une douzaine de navires de surface à l’extérieur du Golfe pour patrouiller le détroit d’Ormuz à son entrée ». Donald Trump a menacé lundi de « destruction » tout « navire d’attaque rapide » iranien forçant le blocus américain des ports de l’Iran.
Alors que le blocus est entré en vigueur ce lundi 13 avril, deux navires de l’US Navy ont déjà franchi le détroit « afin d’établir des conditions pour le déminage ». C’est loin de la liste énumérée par James Stavridis. Mais selon l’expert interviewé par CNN, l’objectif était plutôt de montrer au monde qu’un passage sans mine iranienne était possible dans le détroit, plutôt que de procéder réellement à son déminage.
« Aujourd’hui, nous avons entamé le processus de création d’un nouveau passage et nous partagerons bientôt cette voie sécurisée avec le secteur maritime afin d’encourager la libre circulation des marchandises », Brad Cooper, l’amiral en charge du centre de commandement américain (CENTCOM).
Cette décision marque une inversion de la stratégie américaine jusqu’ici adoptée. Bien que les États-Unis aient attaqué l’Iran, ils avaient jusque-là pris des mesures permettant au pétrole iranien de continuer à circuler, afin de limiter la pression sur les prix de l’énergie à l’échelle mondiale.
Le mois dernier, Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, a déclaré que les États-Unis autorisaient les pétroliers iraniens à traverser le détroit pour maintenir l’approvisionnement mondial. Les États-Unis ont également temporairement levé les sanctions contre le pétrole iranien en mer, permettant sa vente à la plupart des pays, y compris aux États-Unis, pendant un mois.
La stratégie de Donald Trump est désormais d’asphyxier économiquement l’Iran, en l’empêchant d’exporter du pétrole, de sorte à ce qu’il accepte l’accord sur le nucléaire souhaité par le président américain. « Cela pourrait aussi laisser les pays qui dépendent du pétrole iranien, comme la Chine, dans une situation difficile », ajoute James Kraska, professeur de droit maritime international aux États-Unis. Naval War College, au New York Times.
« Même avec ce blocus, les Iraniens continuent de livrer du pétrole à l’aide de l’usurpation d’identité AIS, qui permet à un pétrolier lié à l’Iran de faire de faux appels portuaires en Arabie saoudite et en Irak », explique la société Tanker Trackers au New York Times. « Bonne chance avec ça », ajoute-t-elle, en référence au système d’identification automatique.
TV5 Monde / Provinces26rdc.com
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